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    <title><![CDATA[Commentaires du blog: PaPiER voLAnt eT PluME d'OiSEaU]]></title>
    <link>http://archibaldaki.over-blog.com/</link>
    <description>Les 25 derniers commentaires publiés sur le blog &quot;PaPiER voLAnt eT PluME d'OiSEaU&quot;</description>

        <language>fr</language>
    
    
    <pubDate>Wed, 16 May 2012 10:11:59 +0200</pubDate>    <lastBuildDate>Wed, 16 May 2012 10:11:59 +0200</lastBuildDate>    <generator>Over-blog.com RSS 2.0 Engine</generator>    <copyright>Copyright 2012 archibaldaki.over-blog.com</copyright>            <category>Littérature</category>    <docs>http://www.rssboard.org/rss-specification/</docs>                        
      <item>
        <title><![CDATA[Commentaire de Jérémie Delafosse]]></title>
        <link>http://archibaldaki.over-blog.com/article-du-vivant-des-gueux-un-conte-de-l-anarchie-tendre-50775591-comments.html#comment69055607</link>        <description><![CDATA[
  <p>
    salut,
  </p>
  <p>
    "du vivant des gueux" est actuellement en "remodelage". Je pense qu'il sera prèt d'ici fin-novembre. Je te tiendrai au jus des dates et des lieux.
  </p>
  <p>
    Merci de ton interêt. A bientôt.
  </p>
  <p>
    Jérémie.
  </p>

  
]]></description>
        <pubDate>Mon, 11 Oct 2010 11:01:56 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">5150643d12545dc154d50744e4f73135</guid>
                                            </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Commentaire de Dugord]]></title>
        <link>http://archibaldaki.over-blog.com/article-du-vivant-des-gueux-un-conte-de-l-anarchie-tendre-50775591-comments.html#comment67218738</link>        <description><![CDATA[
  Bien le bjr,<br>
  est-il possible de voir prochainement ce spectacle sur Paris?<br>
  merci d'avance pour votre aide<br>
  Cordialement

  
]]></description>
        <pubDate>Mon, 06 Sep 2010 19:39:17 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">9abd88f422af90e0aee4ca644b157725</guid>
                                            </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Commentaire de Jérémie Delafosse]]></title>
        <link>http://archibaldaki.over-blog.com/article-21830960-6.html#comment57532181</link>        <description><![CDATA[
  Bonjour,<br>
  <br>
  Hélas, le loup s'est quelque peu égaré dans la forêt et les deux pièces ne se jouent pas pour l'instant. Nous vaquons à d'autres projets en ce moment, essentiellement pour adultes, sans pour autant
  abandonner le jeune public.<br>
  <br>
  Je vous tiendrai au courant si de nouvelles dates se profilent.&nbsp;<br>
  <br>
  Merci, en tous les cas, de votre fidélité et, je l'espère, à bientôt.<br>
  <br>
  WaOuhouuuuh !<br>
  <br>
  Jérémie (des Bonimenteurs).<br>

  
]]></description>
        <pubDate>Thu, 04 Mar 2010 16:57:03 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">d581ff8bf382efb0da1c30fbedbe7faf</guid>
                                            </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Commentaire de gallissiaz]]></title>
        <link>http://archibaldaki.over-blog.com/article-21830960-6.html#comment57070376</link>        <description><![CDATA[
  ou peut on vous voir sur paris ? mon fils me demande tout le temps de revoir Faim de loup ou alors une vidéo :) merci d'avance de me repondre

  
]]></description>
        <pubDate>Wed, 24 Feb 2010 23:08:18 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">c43c1226ae7687ebcd50e860cbffa191</guid>
                                            </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Commentaire de Audrey]]></title>
        <link>http://archibaldaki.over-blog.com/article-20023222-6.html#comment29081167</link>        <description><![CDATA[Chien Bernard


Ils m’ont appelé Bernard !? Bernard !? Allez savoir à quoi ils pensaient quand ils m’ont baptisé de la sorte !? 

Déjà qu’ils nous font passer pour une sous race, que selon eux nous ne sommes que de gentils nigauds sans conscience de nous-mêmes, alors imaginez quand, en plus, ils vous appellent Bernard ! Pour courir la gueuse après, il faut forcer le destin ! Ma voisine, elle, ils l’ont appelée Lucinda et j’ai le béguin ! Bernard !? Pour l’impressionner, ça n’a pas été d’la tarte ! Autant dire que j’ai dû me lever tôt le matin ! Bernard !? Et après, les maîtres se déclarent supérieurs parce qu’ils se veulent grands penseurs… C’est c’la, oui ! 

Certes, nous, les chiens, nous ne pensons pas. Il est bien connu que nous ne faisons que passer, comme ça, pour rien. Nous faisons semblant d’être là. Nous n’existons pas. Hé non, nous ne pensons pas. Nous appartenons juste à leur décor. « Je pense, donc je suis ». Soit. Mais « je panse, donc j’essuie » les plâtres, ça existe aussi. 

Comme quand le père de ma famille rentre tard le soir après douze heures de travail et une heure d’embouteillages, que toute la maisonnée dort et que seule l’attend, marinant, une étrange mixture au fin fond d’une poêle huileuse carbonisée. Sauf que Bernard aussi l’attend, parce qu’il ressent la solitude du bonhomme quand il rentre tard le soir. Je m’approche alors du fauteuil où il s’est assoupi devant le téléviseur, je m’assois sur ses deux pieds et je lui tends ostensiblement mes deux oreilles à gratter et ça lui fait du bien. A moi aussi par la même occasion. Je n’ai jamais dit que les chiens étaient moins intéressés que les humains ! 

Comme quand la cadette rentre de l’école dans l’après-midi et va migrer dans sa chambre, après avoir affronté pendant la journée le regard cruel de ses camarades de l’âge ingrat sur sa grosse paire de binocles multicolores, sa coupe de cheveux démodée, ses habits ringards déposés et imposés sur son lit chaque matin par sa mère et ses quelques kilos qui, pour elle, sont de trop. Alors, dans ce cas-là, qu’est-ce qu’il fait, Bernard ? Il ressent la peine de la gamine qui rentre de l’école et il monte les escaliers pour gratter à sa porte, même si cela est officiellement et formellement interdit par la reine mère. Elle m’ouvre et on se fait un gros câlin et ça nous fait du bien. Je n’ai jamais dit que les chiens n’avaient pas besoin d’affection eux aussi, même s’ils ne sont pas. 

Comme quand l’aînée attend près de son téléphone, l’oreille aux aguets et le vernis aux pieds, que le dernier couillon en date la rappelle après quelques échanges de salive humide. Mais il ne le fera pas, Bernard le sent. Mais, elle, la demoiselle, elle attend quelqu’un quand même. C’est pénible de la voir angoissée attendre pour rien ! Alors qu’est-ce qu’il fait, Bernard ? Il se glisse sous sa main laissée inoccupée par le combiné et l’oblige à sortir de sa salle d’attente. Ils se font des mamours et ça leur fait un petit bonheur. Je n’ai jamais dit que les chiens étaient infidèles, même s’ils parlent la langue des maîtres. 

Comme quand la dernière attend des jours meilleurs en ayant peur, la frousse au derrière devant ses congénères. Elle se planque dans sa chambre comme elle se cache derrière ses livres. Bernard le sent qu’elle manque de foi. Elle a peur aussi devant lui quand elle essaie de lui faire un câlin, son odeur le lui dit. Elle a peur qu’il la morde. Alors qu’est-ce qu’il fait, toutou Bernard ? Il la mord. Quand tout son corps respire le déficit et l’appréhension, je la mords. Ce n’est pas qu’elle soit méchante mais il faut bien qu’elle apprenne et comprenne ! Plus on a peur des autres, plus les autres vous mordent. C’est comme ça. C’est la loi. L’homme est un chien pour l’homme ! Il va falloir qu’elle l’accepte et qu’elle arrête de transpirer la crainte à grosses gouttes. Je n’ai jamais dit que les chiens n’étaient doués que pour les câlins et qu’ils pouvaient supporter davantage la sueur et la moiteur que les humains. 

Avec tout ça, j’en oublierais presque quelques fois de faire des tendresses à Lucinda quand nous nous croisons au parc. Ah, elle a du chien, Lucinda ! Et elle sent toujours bon. Ce n’est pas comme moi qui pue comme un vieux bouc. Nom d’un chien, je l’aime bien, Lucinda ! Elle a quelque chose que les autres chiennes n’ont pas ! Je ne pourrais pas vous dire trop quoi exactement mais elle l’a ! Ca, c’est certain ! Ah, si vous la voyiez vous aussi, vous comprendriez tout de suite. Elle a du mordant, la gamine ! Et un joli petit popotin ce qui n’arrange rien à mes affaires… 

Mardi, au square, j’ai eu droit aux derniers potins. Ah, Lucinda, pas de doute, c’est une vraie fille ! Quand elle commence à parler, plus rien ne peut l’arrêter, sauf peut-être l’averse parce que les gouttes sapent tout le travail nocturne fait avec amour par ses bigoudis orange. Donc, les derniers potins des Sénéchaux. C’est la famille de Lucinda. Il y a Edouard, le nouveau mari de Solène, et Solène donc qui a eu un garçon et une fille de son premier mariage. Mais Rémy et Charlotte sont grands maintenant, ils ont quitté la maison. Ils reviennent seulement de temps en temps pour voir leurs parents et le jardin quand il fait beau. Justement Lucinda m’a raconté que Charlotte était passée avec deux bambins le week-end en quinze. Non, Charlotte n’a pas d’enfant, elle est comme qui dirait très libre et aussi elle n’a pas encore trouvé la paire de converses à sa mesure. Oui, elle chausse grand. Ce sont les enfants de sa meilleure amie qui passe en ce moment un sale quart d’heure à l’hôpital. Alors Charlotte a emmené les gosses oublier à la campagne. J’aime bien Charlotte. Elle est rigolote. Quand je la croise chez Lucinda, elle me parle. Comme si j’en étais moi aussi. Et, même chose avec les mômes. C’est Lucinda qui me l’a raconté. Elle a entendue Charlotte l’expliquer à Hugo, le fils de sa copine en lutte. Hugo avait avoué à Charlotte qu’il ne racontait ses histoires de cœur qu’à elle parce qu’il aimait bien comment Charlotte lui parlait pour de vrai, pas juste comme à un petit humain. Hugo, il était embêté parce qu’il était tombé en amour pour une fille dans son école ; seulement la meilleure copine de son coup de coeur était amoureuse de lui aussi. Je ne sais pas si vous voyez le tableau ! Le triangle infernal ! Charlotte, elle lui a dit que, là, elle ne pouvait pas l’aider. Il fallait qu’il se débrouille comme un grand mais que ce ne serait pas d’la tarte parce que l’amitié ça passe avant tout. Lucinda m’a aussi raconté que Solène et Edouard s’étaient disputés encore à cause de la tondeuse cette semaine. Lui voudrait s’acheter une tondeuse de compèt qui ressemble à un tracteur mais, elle, elle est contre. Lucinda m’a dit que ça arrivait de plus en plus souvent ces temps-ci.

Trop souvent même… Ils ont déménagé. Ils n’ont pas eu le choix : c’était un appartement sans pelouse ou un divorce. Maintenant, on s’envoie des cartes postales avec Lucinda pour se raconter les derniers potins. Chienne de vie ! Son absence me cause toujours un mal de chien ! 




« Si le chien est le plus méprisé des animaux, c'est que l'homme se connaît trop bien pour pouvoir apprécier un compagnon qui lui est si fidèle »
Emil Michel Cioran

" La peur est insensée, elle craint même les choses 
dont elle attend du secours "
Quinte-Curce

« Tous les animaux connaissent ce qui leur est nécessaire, excepté l'homme »
Pline L'Ancien

" La jeunesse a cela de beau qu'elle peut admirer sans comprendre "
Anatole France


Toutes mes confuses pour hier...
C'est juste que des fois je voudrais bien que tu m'aimes plus que bien alors quand tu me fais subtilement comprendre que pas le cas grâce à deux vieilles bises biscornues déposées sur mes deux joues en attente réceptionneuse de feu, ben je me transforme en petit dragon qui crache et hyperventille... 
Mais je ne suis pas un mauvais bougre pour autant, même si moi pas toujours arriver à me mettre à la place de l'Autre !
Allez, bientôt la mer! 
Bises

Robine]]></description>
        <pubDate>Fri, 04 Jul 2008 16:19:23 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">dc13d16a5f5f823abe1e53ae8f2bb951</guid>
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      <item>
        <title><![CDATA[Commentaire de Audrey Robin]]></title>
        <link>http://archibaldaki.over-blog.com/article-20800126-6.html#comment28883887</link>        <description><![CDATA[Si j'ai une "belle" plume comme tu dis, c'est simplement parce que je suis quelqu'un de sincère.
Si je t'ai fait lire ces textes, ce n'est pas pour être complimentée, j'en ai rien à taper, c'était comme un petit cadeau pour remercier la personne que j'avais cru "rencontrer" et en qui j'avais cru.
FORCE m'est de constater que je me suis une nouvelle fois trompée. Toujours ce même manque de courage et d'honnêteté. Suffisait juste de me parler. C'était simple pourtant, beaucoup plus que de m'esquiver et de m'obliger à découvrir de moi-même le merdier comme "par hasard".
Et non, je ne te ferai plus rien lire qui sort de mes tripes parce que tu t'es "endormi" sans me reconnaître. Et putain, je crois que je mérite qu'on ne me frôle plus!

Sur ce l'ami, je suis une naine révoltée et j'aime ça. Ce texte s'adresse au grand schroumpft que je ne pensais pas si lamentablement lâche. P'tite Bite dans les actes, P'tite Bite dans le coeur!
Let it be, oh les P'tites Bites!

Un révolté au pays des objets





« Les bijoux, c’est mieux que les bisous » 


Voilà ce que j’ai pu lire, impasse des grandes étables, inscrit en gros caractères roses sur la vitrine de la boutique d’une créatrice de bijoux dont je ne citerai pas le nom. Non, je dis non ! Ce n’est pas parce que je suis un nain que je ne vois rien. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien qu’on m’appelle « Regarde-Partout ». Je sais, mes amis ont un tantinet plagié le surnom « Passe-Partout » d’un de mes homologues de taille, André Bouchet, l’un des animateurs de Fort Boyard. En tous cas donc, moi, j’observe. Et des fois, ce que mes yeux voient ne me plaît pas. Non, je dis non ! A-t-on idée de clamer pareille réclame ! Mais à quelle époque vivons-nous ?! Heureusement que comme j’observe à loisirs (oui, c’est un de mes passe-temps favori), j’ai aussi vu l’autre jour, boulevard du paradis, l’encart qui suit placardé à l’un des murs :


« Pour votre bien-être
Pour être heureux
Pour faire plaisir

ACHETEZ DES 
CHOSES !
Les choses, on peut les mettre partout, 
et on peut faire des tas de trucs chouettes avec ! 
(comme les poser sur un meuble par exemple).
Jusqu’au 18, pour l’achat d’une chose, vous recevez une bille »

Cette publicité m’a fait beaucoup rire. Et le rire est très sain pour la santé, même chez nous autres, les nains. D’ailleurs, savez-vous ce qui définit un nain ? C’est très simple. C’est une personne qui mesure moins d’un mètre cinquante. Moi, je mesure un mètre trente-neuf centimètres très précisément. On me dit souvent d’arrondir à un mètre quarante parce que « ça fait mieux » mais non, je dis non ! Je suis très fier de mes un mètre trente-neuf centimètres. Si je mesurais un centimètre de plus, je ne serais pas le même, voyez-vous. Et j’ai mis assez de temps pour m’accepter tel que je suis. Comme tout le monde, chez nous aussi, les nains, nous avons nos complexes. Mais, ça, vous le saviez sans doute. Ce que vous savez peut-être moins par contre, c’est que je suis révolté. 
Oui, je suis révolté ! Par ma petite taille forcément mais également par la petitesse d’esprit et de cœur de certains de nos grands hommes… et de nos grandes femmes. Oui, je suis aussi un nain paritaire, une espèce très rare : le nanus paritibus. Attention, je ne suis pas en train de dire que chez les petits n’existent pas de grands, car j’ai lu Pascal moi aussi, même si je suis infiniment petit. Donc, chez nous aussi, les petits, nous avons nos grands. Bien sûr, il y a André Bouchet. Mais aussi Mimie Mathy, l’héroïne de la série télévisée Joséphine, ange gardien ; Warwick Davis, acteur britannique connu pour le rôle du Professeur Flitwick dans la saga Harry Potter. Nous avons eu aussi Jacques Duclos, numéro deux du parti communiste français et président du groupe communiste à l'Assemblée ; Michel Petrucciani, le pianiste de jazz ; Henri de Toulouse-Lautrec, le peintre et Adam Rainer, seul être humain ayant été reconnu comme nain puis comme géant. Mesurant un mètre dix-huit à 21 ans, il mourut à 51 ans en ayant atteint deux mètres trente-quatre. Oui, un homme peut changer. La preuve en est. Donc, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Je ne suis pas raciste, moi. Je ne hais pas les personnes de grande taille. Non, je ne suis pas un de ces pro-nanistes. Seulement, je suis révolté ! Et il faut bien que quelqu’un dise tout haut ce que le monde pense tout bas. Et pourquoi pas une personne de petite taille ? Après tout, pourquoi je ne serais pas de taille moi aussi ? J’ai une bouche, deux yeux, deux bras, deux jambes, un cerveau et un coeur. Je suis un Homme avant d’être un nain. Je ne suis pas qu’un bouffon juste bon à exhiber au cirque, là pour divertir ou pour donner en pâture aux regards.

Je suis aussi de taille à prendre la parole, même s’il faut que je monte sur une tribune puis sur une chaise pour qu’on me voie. Oui, je suis révolté, même si l’on me considère comme un enfant sans opinion. Alors je vous le dis : des fois ce que mes yeux voient ne me plaît pas. A quelle époque vivons-nous ? La couverture du Grand Larousse illustré édité en 2005, vous l’avez déjà eu sous les yeux ? C’est une magnifique rousse, une irlandaise pulpeuse, prise en photographie de face et des deux profils qui illustre les trois volumes de ce grand ouvrage. Oui, je suis révolté qu’un grand objet de savoir comme une encyclopédie puisse être représenté par une femme-objet, même si celle-ci est très grande. Mais à quelle époque vivons-nous ? Il faudrait que l’on m’explique. Où est passée la beauté des grands ? Dans les mannequins ? Où est passé le courage des grands ? Dans les centres de rétention ? Dans les délocalisations ? Dans les grèves à répétition ? Dans les planques se disant vocation ? Lâcheté, partout. Lâcheté de tout côté. A droite. A gauche. 

Je sais bien que tout n’est pas si simple. Ce n’est pas parce que je suis une personne de petite taille que je pense petit, que je simplifie. Mais, tout de même, je suis révolté. Lâcheté, partout. Lâcheté dans toutes les directions. A gauche. A droite. Où est passée la convivialité des grands ? Dans les réseaux virtuels et l’anonymat urbain ? Où est passée la vérité des grands ? Dans les supermarchés et les centres commerciaux ? Où est passée la liberté des grands ? Dans le téléphone portable ? Où est passée la réalité des grands ? Dans la télé ? Où est passée la provocation des grands ? Dans la médiatisation du sordide ? 

Où est passé le courage des grands ? Je vous le demande du haut de mes trois pommes : où sont passées toutes ces grandes choses ? Ne seraient-ce donc que de grands et vains mots ?

Voilà, c’est fait. J’avais seulement envie de dire en haut lieu ce que j’observe de tout bas. 


"Dans la vie, il n'y a pas de grands, pas de petits.
La bonne longueur pour les jambes,
c'est quand les pieds touchent bien par terre"
Coluche

" C'est une belle harmonie 
quand le faire et le dire vont ensemble "
Montaigne

« La dictature, c'est "ferme ta gueule", et la démocratie, c'est "cause toujours" »
Woody Allen

" Ce qui rend l'égalité difficile, c'est que nous la désirons seulement avec nos supérieurs "
Henry Becque

« L'administration est un lieu ou les gens qui arrivent en retard croisent dans l'escalier 
ceux qui partent en avance »
Georges Courteline

« Les grandes choses 
dérivent souvent des petites »
Proverbe berbère]]></description>
        <pubDate>Fri, 27 Jun 2008 17:31:44 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">a94a23865dd3f0094746b57ee1c6df1b</guid>
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      <item>
        <title><![CDATA[Commentaire de dd]]></title>
        <link>http://archibaldaki.over-blog.com/article-20359124-6.html#comment28853946</link>        <description><![CDATA[Hommage à l’inconnu

C’était un beau dimanche matin. On sentait dans l’air le printemps approcher et l’automne migrer. Il avait décidé d’aller faire un petit tour pour se dégourdir les pattes, avant d’assister à l’hebdomadaire repas dominical chez tante Odette. Ce rituel, il l’aimait. Cela faisait maintenant treize ans pratiquement qu’il en était ainsi, chaque dimanche midi, au 46 rue du Père Corentin. Mais il vieillissait. La nouvelle génération de culottes courtes qui ne cessait de remuer, de brailler et de poser des questions l’amusait et l’émerveillait toujours autant mais elle le fatiguait aussi davantage. Il se sentait particulièrement vieux, ce dimanche matin là. 

Il n’avait pas envie de se promener au parc du Luxembourg aujourd’hui. Une poussée soudaine guida ses pas jusqu’au cimetière du Montparnasse. Cela faisait bien longtemps que ses pieds n’avaient pas foulé une terre meuble dédiée aux morts. Entre les allées du mausolée, il se rappela alors l’enterrement de son père, lorsqu’il n’avait lui-même pas encore vingt ans. Que ces douloureux souvenirs lui semblaient lointains et, en même temps, toujours aussi proches. Après la mort subite de ce père adoré, il était monté à Paris. Pour s’éloigner. Pour oublier. Pour surmonter. Et, il y avait réussi partant de presque rien. Mais il n’avait jamais vraiment quitté ce père et cette enfance passée au milieu de sa famille et aux bords de la Loire. 

Pendant qu’il se remémorait ainsi ces peintures de jeunesse, complètement absorbé par ces souvenirs qu’il avait souvent refusé de rappeler à lui, il ne remarqua nullement qu’il suivait de fait un cortège de fantômes sombres qui allaient, tous d’un même pas, enterrer un des leurs. Il était ailleurs, perdu dans ses souvenirs retrouvés. 

Lorsqu’il revint se poser ici bas, parmi les vivants, il était trop tard. Il était la prochaine personne d’une file humaine qui présentait ses condoléances à la famille du présent mort. Pris de panique en réalisant l’incongruité de la situation, il voulut d’abord se sauver. Mais cela lui était impossible. Il était encerclé de fantômes tous de noirs vêtus. Devant. Derrière. A gauche. A droite. Ils étaient partout, certains pleurant, certains se serrant, d’autres regardant le ciel, d’autres la terre. 

Ne pouvant reculer, il présenta ses condoléances aux proches du mort se faisant rapidement et du mieux qu’il le put passer pour un vieil ami du défunt. Puis, l’hommage funéraire commença. Il s’était installé au fond de l’assistance, pensant ainsi pouvoir, après quelques minutes d’attente respectueuse, s’échapper discrètement par l’arrière. Seulement, petit à petit, les témoignages des amis de la victime qui se succédaient à la barre le touchèrent au plus haut point : au coeur. L’émotion le gagna. L’amour et l’humanité réunis en ce lieu pour dire un dernier adieu à un homme le submergèrent. Il se mit à pleurer. Il faisait désormais partie intégrante de l’assistance temporelle. 

Lorsque le curé qui présidait l’office demanda si quelqu’un voulait rajouter quelques mots avant que l’homme ne soit mis en bière, un désir plus fort que lui le poussa à s’exprimer.
-- Oui, je voudrais bien ajouter quelque chose, si vous me le permettez, mon Père. Voilà, personne ici ne me connaît. Je suis un très vieil ami de Marcel. Je ne l’avais pas revu depuis trente ans… Si vous me le permettez, mon Père, je voudrais juste lui dédier ce poème de Wystan Hugh Auden. 
-- Allez-y, mon Fils. Nous vous écoutons.
-- Merci, mon Père. Ce poème s’appelle « Arrêtez les pendules ». 
« Arrêter les pendules, couper le téléphone, 
Empêcher le chien d'aboyer pour l'os que je lui donne, 
Faire taire les pianos et les roulements de tambour 
Sortir le cercueil avant la fin du jour. 

Que les avions qui hurlent au dehors 
Dessinent ces trois mots Il Est Mort, 
Nouer des voiles noirs aux colonnes des édifices 
Ganter de noir les mains des agents de police 

Il était mon Nord, mon Sud, mon Est, mon Ouest, 
Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste, 
Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson. 
Je croyais que l'amour jamais ne finirait : j'avais tort. 

Que les étoiles se retirent, qu'on les balaye 
Démonter la lune et le soleil 
Vider l'océan, arracher les forêts 
Car rien de bon ne peut advenir désormais ». 

" Notre vrai tombeau n'est pas dans la terre, 
mais dans le coeur des hommes "
Proverbe persan


" L'absence est le plus grand des maux "
La Fontaine

Merci du plus profond de cette saleté de coeur de m'avoir "considérée" comme une boule de flipper. 
Merci pour le joli souvenir que je porte.
Merci Jérémie ie.
Merci de m'avoir dit que tu n'avais aucun regret, quel soulagement!
Chapeau bas, l'artiste!

Thérèse Du bois]]></description>
        <pubDate>Thu, 26 Jun 2008 18:20:47 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">cef835199cf35843f38fe9fe0a7e4b65</guid>
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      <item>
        <title><![CDATA[Commentaire de dd]]></title>
        <link>http://archibaldaki.over-blog.com/article-20359124-6.html#comment28851694</link>        <description><![CDATA[Plus Belle la ville




Je porte mon nom depuis le 15ème siècle. J’ai été annexée par Paris en 1860. Aujourd’hui, je suis administrativement sectorisée dans le 20ème arrondissement. Je suis multiethnique et fière de l’être. D’abord agricole, je suis devenue la reine des cabarets et des guinguettes. Prohibée, je suis passée contrebandière puis révolutionnaire par mon non port de la culotte. Déçue par les promesses non tenues de 1789 et en pleine explosion démographique, je suis au 19ème siècle à la pointe du combat contre l’injustice sociale. Je suis, je suis… ? 
Je suis un village dans la ville. J’étais, je suis et j’espère que je serai toujours populaire, ouvrière, plurielle, polyglotte, bohême et artisane. Si je n’attire pas les touristes venus avec des appareils photo du monde entier, j’accueille les voyageurs venus des quatre coins de la mappe monde, de l’Arménie à la Chine en passant par le Maghreb, la Grèce, l’Espagne jusqu’à l’Afrique noire. Je suis, je suis… ?

Mais, oui, vous me reconnaissoit, c’est moi, Belleville la Belle ! Sur mes trottoirs, le printemps tout juste à nouveau-né fleure bon. Dans mon parc, les pétales des cerisiers flottent, tanguent et virevoltent librement, de haut à gauche et de droite en bas, au gré d’une légère brise d’avril et ce primesautier  spectacle fait immanquablement chavirer mes amarres comme chaque année malgré les siècles et la première surprise passés. 

Passés… Passé… Quelques fois, la nostalgie m’envahit. Voyez-vous, de mes fenêtres j’ai vu tellement de gens et de choses… qui ne sont plus… de ce quartier… De nos jours, tout est tellement différent. On marche toujours sur mon corps mais on me bouscule davantage qu’autrefois. Maintenant, on essaie d’ensevelir mes historiques pavés pour mieux me bétonner. On bouche mes artères vétustes pour mieux me piétiner. On me pisse et on me chie toujours dessus mais davantage que jadis. On me jette à la figure de la pâte à mâcher ou des sacs en plastique ou en papier. On s’assoit sur mes bancs sans regarder mes monuments. On retire mes kiosques à journaux. On rase mes vieux immeubles. On me vole une partie de mon âme. On ravage mes paysages et mon visage. On efface mon enfance et mon adolescence, les petits paquets en triangle de mes pâtissières, mes titis, mes gavroches, mes anarchistes, mes faubourgeois. Mes cabarets ont depuis longtemps déjà disparu. Quant à mes tacosses et mes clodos, ils sont toujours là, eux. Quelquefois, je me sens seule comme s’ils étaient tous partis… 

Mon canal, mes commerçants, mes ponts, mes femmes, mes escaliers, mes habitants divers et variés, mon métro, mes pavés rue Faubourg du Temple sont encore à mes côtés. Mais pour combien de temps ? Mes pavés rue Faubourg du Temple. S’ils s’avisent de me les enlever, ceux-là, s’ils s’avisent d’en toucher rien qu’un ! Ah s’ils s’avisent… de commettre ce sacrilège, je deviendrai furie et gare à eux ! Je le jure et le crache sur mon trottoir ! J’hurlerai  si fort que le ciel m’entendra et deviendra à son tour furie et la pluie et la foudre et la grêle s’abattront sur eux ! Le soleil les maudira et ils ne reverront plus jamais la lumière ! Il me faut rester Belle, c’est ainsi qu’on m’a faite et c’est ainsi qu’on m’appelle. Il le faut. Et si l’un d’eux s’avise de m’enlaidir en engloutissant un seul de mes pavés au fond du néant, je l’anéantirai ! On est comme ça chez moi ! On n’a qu’une parole ! 

J’aimerais quelquefois être tranquille, qu’ils me laissent tous en paix, rien qu’un instant, mais cela leur a toujours été impossible. Même aux dernières lueurs de la nuit, il y a toujours deux ou trois crétins pour beugler à travers mes rues, deux ou trois travailleurs pour maugréer par mes rues. J’aimerais quelquefois pouvoir marcher seule sur mes trottoirs et oublier les horloges accrochées à mes promontoires. Malheureusement pour moi, je suis fameuse dans le tout Paris. Or j’affectionne la discrétion. Comme dirait une des mes très chères, ma voisine la Butte-aux-cailles, « pour être heureux, vivons cachés ». Seulement comme je suis aussi paradoxalement égocentrique, narcissique et ethnocentrique, je ne peux me résoudre à abandonner au silence cette ode dont j’ai été naguère la muse. Comprenez, je n’ai peut-être plus toute la vie devant moi… 
 « Je devais avoir trois ans quand j’ai vu Madame Rosa pour la première fois. Avant, on n’a pas de mémoire et on vit dans l’ignorance. J’ai cessé d’ignorer à l’âge de trois ou quatre ans et parfois ça me manque. 
Il y avait beaucoup d’autres Juifs, Arabes et Noirs à Belleville, mais Madame Rosa était obligée de grimper les six étages seule. Elle disait qu’un jour elle allait mourir dans l’escalier, et tous les mômes se mettraient à pleurer parce que c’est ce qu’on fait toujours quand quelqu’un meurt. On était tantôt six ou sept tantôt même plus là-dedans.
Au début, je ne savais pas que Madame Rosa s’occupait de moi seulement pour toucher un mandat à la fin du mois. Quand je l’ai appris, j’avais déjà six ou sept ans et ça m’a fait un coup de savoir que j’étais payé. Je croyais que Madame Rosa m’aimait pour rien et qu’on était quelqu’un l’un pour l’autre. J’en ai pleuré toute une nuit et c’était mon premier grand chagrin. 
Madame Rosa a bien vu que j’étais triste et elle m’a expliqué que la famille ça ne veut rien dire et qu’il y en a même qui partent en vacances en abandonnant leurs chiens attachés à des arbres et que chaque année il y a trois mille chiens qui meurent ainsi privés de l’affection des siens. Elle m’a pris sur ses genoux et elle m’a juré que j’étais ce qu’elle avait de plus cher au monde mais j’ai tout de suite pensé au mandat et je suis parti en pleurant.
Je suis descendu au café de Monsieur Driss en bas et je m’assis en face de Monsieur Hamil qui était marchand de tapis ambulant en France et qui a tout vu. Monsieur Hamil a de beaux yeux qui font du bien autour de lui. Il était déjà très vieux quand je l’ai connu et depuis il n’a fait que vieillir.
-- Monsieur Hamil, pourquoi vous avez toujours le sourire ?
-- Je remercie ainsi Dieu chaque jour pour ma bonne mémoire, mon petit Momo.
Je m’appelle Mohammed mais tout le monde m’appelle Momo pour faire plus petit. 
-- Il y a soixante ans, quand j’étais jeune, j’ai rencontré une jeune femme qui m’a aimé et que j’ai aimée aussi. Ca a duré huit mois, après, elle a changé de maison, et je m’en souviens encore, soixante ans après. Je lui disais : je ne t’oublierai pas. Les années passaient, je ne l’oubliais pas. J’avais parfois peur car j’avais encore beaucoup de vie devant moi et quelle parole pouvais-je donner à moi-même, moi, pauvre homme, alors que c’est Dieu qui tient la gomme à effacer ? Mais maintenant, je suis tranquille. Je ne vais pas oublier Djamila. Il me reste très peu de temps, je vais mourir avant.
J’ai pensé à Madame Rosa, j’ai hésité un peu et puis j’ai demandé :
-- Monsieur Hamil, est-ce qu’on peut vivre sans amour ? 
Il n’a pas répondu. Il but un peu de thé de menthe qui est bon pour la santé. Monsieur Hamil portait toujours une djellaba grise, depuis quelques temps, pour ne pas être surpris en veston s’il était appelé. Il m’a regardé et a observé le silence. Il devait penser que j’étais encore interdit aux mineurs et qu’il y avait des choses que je ne devais pas savoir. En ce moment je devais avoir sept ans ou peut-être huit, je ne peux pas vous dire juste parce que je n’ai pas été daté, comme vous allez voir quand on se connaîtra mieux, si vous trouvez que ça vaut la peine.
-- Monsieur Hamil, pourquoi vous ne me répondez pas ?
-- Tu es bien jeune et quand on est très jeune, il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas savoir.
-- Monsieur Hamil, est-ce qu’on peut vivre sans amour ?
-- Oui, dit-il, et il baissa la tête comme s’il avait honte. 
Je me suis mis à pleurer.
Pendant longtemps, je n’ai pas su que j’étais arabe parce que personne ne m’insultait. On me l’a seulement appris à l’école. Mais je ne me battais jamais, ça fait toujours mal quand on frappe quelqu’un. 
Madame Rosa était née en Pologne comme Juive mais elle s’était défendue au Maroc et en Algérie pendant plusieurs années et elle savait l’arabe comme vous et moi. Elle savait aussi le juif pour les mêmes raisons et on se parlait souvent dans cette langue. La plupart des autres locataires de l’immeuble étaient des Noirs. Il y a trois foyers noirs rue Bisson et deux autres où ils vivent par tribus, comme ils font ça en Afrique. Il y a surtout les Sarakollé, qui sont les plus nombreux et les Toucouleurs, qui sont pas mal non plus. Il y a beaucoup d’autres tribus rue Bisson mais je n’ai pas le temps de vous les nommer toutes. Le reste de la rue et du boulevard de Belleville est surtout juif et arabe. Ca continue comme ça jusqu’à la Goutte d’Or et après c’est les quartiers français qui commencent. 
Au début je ne savais pas que je n’avais pas de mère et je ne savais même pas qu’il en fallait une. Madame Rosa évitait d’en parler pour ne pas me donner des idées. Je ne sais pas pourquoi je suis né et qu’est-ce qui s’est passé exactement. Mon copain le Mahoute qui a plusieurs années de plus que moi m’a dit que c’est les conditions d’hygiène qui font ça. Lui était né à la Casbah à Alger et il était venu en France seulement après. Il n’y avait pas encore d’hygiène à la Casbah et il était né parce qu’il n’y avait ni bidet ni eau potable ni rien. Le Mahoute a appris tout cela plus tard, quand son père a cherché à se justifier et lui a juré qu’il n’y avait aucune mauvaise volonté chez personne. Le Mahoute m’a dit que les femmes qui se défendent ont maintenant une pilule pour l’hygiène mais qu’il était né trop tôt. 
Il y avait chez nous pas mal de mères qui venaient une ou deux fois par semaine mais c’était toujours pour les autres. Nous étions presque tous des enfants de putes chez Madame Rosa, et quand elles partaient plusieurs mois en province pour se défendre là-bas, elles venaient voir leurs mômes avant et après. C’est comme ça que j’ai commencé à avoir des ennuis avec ma mère. Il me semblait que tout le monde en avait une sauf moi. J’ai commencé à avoir des crampes d’estomac et des convulsions pour la faire venir. Il y avait sur le trottoir d’en face un môme qui avait un ballon et qui m’avait dit que sa mère venait toujours quand il avait mal au ventre. J’ai eu mal au ventre mais ça n’a rien donné et ensuite j’ai eu des convulsions, pour rien aussi. J’ai même chié partout dans l’appartement pour plus de remarque. Rien. Ma mère n’est pas venue et Madame Rosa m’a traité de cul d’Arabe pour la première fois, car elle n’était pas française. Je lui hurlais que je voulais voir ma mère et pendant des semaines j’ai continué à chier partout pour me venger. Madame Rosa a fini par me dire que si je continuais c’était l’Assistance publique et là j’ai eu peur, parce que l’Assistance publique c’est la première chose qu’on apprend aux enfants. J’ai continué à chier pour le principe mais ce n’était pas une vie. On était alors sept enfants de putes en pension chez Madame Rosa et ils se sont tous mis à chier à qui mieux mieux car il n’y a rien de plus conformiste que les mômes et il y avait tant de caca partout que je passais inaperçu là-dedans. 
Madame Rosa était déjà vieille et fatiguée même sans ça et elle le prenait très mal parce qu’elle avait déjà été persécutée comme Juive. Elle grimpait ses six étages plusieurs fois par jour avec ses quatre-vingt-quinze kilos et ses deux pauvres jambes et quand elle entrait et qu’elle sentait le caca, elle se laissait tomber avec ses paquets dans son fauteuil et elle se mettait à pleurer car il faut la comprendre. Les Français sont cinquante millions d’habitants et elle disait que s’ils avaient tous faits comme nous même les Allemands n’auraient pas résisté, ils auraient foutu le camp. Madame Rosa avait bien connu l’Allemagne pendant la guerre mais elle en était revenue. Elle entrait, elle sentait le caca, et elle se mettait à gueuler « C’est Auschwitz ! C’est Auschwitz ! », car elle avait été déportée à Auschwitz pour les Juifs. Mais elle était toujours très correcte sur le plan raciste. Par exemple il y avait chez nous un petit Moïse qu’elle traitait de sale bicot mais jamais moi. Je ne me rendais pas compte à l’époque que malgré son poids elle avait de la délicatesse. J’ai finalement laissé tomber, parce que ça ne donnait rien et ma mère ne venait pas mais j’ai continué à avoir des crampes et des convulsions pendant longtemps et même maintenant ça me fait parfois mal au ventre. Après j’ai essayé de me faire remarquer autrement. J’ai commencé à chaparder dans les magasins, une tomate ou un melon à l’étalage. J’attendais toujours que quelqu’un regarde pour que ça se voie. Lorsque le patron sortait et me donnait une claque je me mettais à hurler, mais il y avait quand même quelqu’un qui s’intéressait à moi. » 
Désolée… C’était un peu long mais, le long de mon bout de Seine, au soleil et en mi-veille, c’est toujours Emile (ou Romain selon la saison) que je préfère bouquiner. Voilà une chose qui ne change pas au moins ! C’est bien simple, à chaque fois que j’essaie de clôturer une de ses citations, il suffit que je lise la vague qui déferle après le point, pour réembarquer sur sa péniche. Il me fait le coup à chaque fois, le saligaud ! Et encore pas plus tard que tantôt ! Et n’allez pas croire que c’est uniquement parce qu’il parle de moi, de mes rues, de mes locataires, de mes boutiques, de mes trottoirs, de mes bouis-bouis, de mes enfants ou de mes putes, de mes Arabes, de mes Chinoises, de mes Turcs, de mes Maliennes ou de tous leurs frères, non c’est uniquement pour ses beaux yeux. Il a de telles prunelles, ce faux bourgeois-là, que je ne me lasse pas de plonger les miennes dans les siennes. Comprenez-moi, cette immersion en eaux bénites compense le désarroi dans lequel me plonge l’évolution de certaines de mes bonnes voisines. Notamment, quelques unes de mes sœurs qui commencent à s’encanailler avec nos faux frères, faux bourgs ennemis de la rive gauche. Si elles croient que je suis devenue aveugle eu égard à mon grand âge et que je n’ai pas remarqué leurs nouveaux petits jeux faits de nouveaux cafés alambiqués et aseptisés sur un même modèle sans âme, leurs nouvelles échoppes fabriquées à la pelle et à la chaîne, leurs nouveaux parkings à ciel ouvert, leurs habitants qui ne disent pas bonjour aux anciens, elles se fourrent le doigt dans l’œil ! 
Quelques fois, j’ai bien envie de faire bande à part intrabelleville et de simplement continuer à donner le sein à la môme Edith et à Momo le minot… et de ne plus m’occuper du reste. Mais il me faut rester Belle. C’est ainsi. C’est comme ça que je m’écris. 

« La vie est une cerise 
La mort est un noyau 
L'amour un cerisier »
Jacques Prévert




”April in Paris” 

“I never knew the charm of spring
I never met it face to face
I never new my heart could sing
I never missed a warm embrace

Till april in Paris, chestnuts in blossom
Holiday tables under the trees
April in Paris, this is a feeling
That no one can ever reprise

I never knew the charm of spring
I never met it face to face
I never new my heart could sing
I never missed a warm embrace

Till april in paris
Whom can I run to
What have you done to my heart”

Ella Fitzgerald


« Regardez une femme enceinte : 
vous croyez qu’elle traverse la rue 
ou qu’elle travaille ou même qu’elle vous parle. C’est faux. Elle pense à son bébé. »
Anna Gavalda



« Paris »

« Je marche dans tes rues
Qui me marchent sur les pieds
Je bois dans tes cafés

Je traîne dans tes métros
Tes trottoirs m'aiment un peu trop
Je rêve dans tes bistrots

Je m'assoie sur tes bancs
Je regarde tes monuments
Je trinque à la santé de tes amants

Je laisse couler ta seine
Sous tes ponts ta rengaine
Toujours après la peine

Je pleure dans tes taxis
Quand tu brilles sous la pluie
C'que t'es belle en pleine nuit

Je pisse dans tes caniveaux
C'est d'la faute à Hugo
Et j'picolle en argot

Je dors dans tes hôtels
J'adore ta tour Eiffel
Au moins elle, elle est fidèle

Quand j'te quitte un peu loin
Tu ressembles au chagrin
Ça m'fait un mal de chien

Paris Paris combien
Paris tout c'que tu veux
Boul'vard des bouleversés
Paris tu m'as renversé
Paris tu m'as laissé

Paris Paris combien
Paris tout c'que tu veux
Paris Paris tenu
Paris Paris perdu

Paris tu m'as laissé
Sur ton pavé

J'me réveille dans tes bras
Sur tes quais y a d'la joie
Et des loups dans tes bois

J'me glisse dans tes cinés
J'me perds dans ton quartier
Je m'y retrouverai jamais

Je nage au fil de tes gares
Et mon regard s'égare
J'vois passer des cafards sur tes bars

J'm'accroche aux réverbères
Tes pigeons manquent pas d'air
Et moi de quoi j'ai l'air

Paris Paris combien
Paris tout c'que tu veux
Boul'vard des bouleversés
Paris tu m'as renversé
Paris tu m'as laissé

Paris Paris combien
Paris tout c'que tu veux
Paris Paris tenu
Paris Paris perdu
Paris tu m'as laissé
Sur ton pavé

Je marche dans tes rues
Qui me marchent sur les pieds
Je bois dans tes cafés

Je traîne dans tes métros
Tes trottoirs m'aiment un peu trop
Je rêve dans tes bistrots »

Marc Lavoine]]></description>
        <pubDate>Thu, 26 Jun 2008 16:52:32 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">f6ce9af395b8cedb47738900f5deba4c</guid>
                                            </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Commentaire de madame quiche]]></title>
        <link>http://archibaldaki.over-blog.com/article-20719261-6.html#comment28851054</link>        <description><![CDATA[Mon inconscient manque d’humour



Pendant vingt-trois ans, j’ai manqué d’humour. 

Comment vous dire ? C’est long d’abord. Et, on s’ennuie beaucoup ensuite. 

En y repensant, car l’homme pense (et, même la femme paraîtrait-il ! Mais, chut, c’est encore le secret le moins bien gardé du monde), je crois bien que je prenais tragiquement tout beaucoup trop au sérieux. Je croyais sûrement que tout ça devait avoir un sens. Vous auriez vu ma tête sur ma photo de classe de CP ! A faire pleurer ! Ca me fait encore froid dans le dos rien que d’y jeter un rapide coup d’œil. Non, vrai, on aurait dit que je portais toute la misère du monde sur mes épaules déplumées alors que je n’en connaissais encore rien. Bon, je connaissais tout de même la misère familiale dans toute la splendeur de la mienne, forme de misère très amère pour qui a déjà été enfant. Bon, à dire vrai ou à vrai dire, je touche là un lieu très commun : la famille. C’est la première misère à laquelle on peut avoir le privilège de goûter selon où l’on naît et la plus grande injustice à laquelle on se cogne selon où l’on est, il faut bien le reconnaître. 

Mais, bref, je m’éloigne de mon propos. Ah oui parce que j’écris, moi, maintenant ! Surprenant, non, pour une ex-« phobique sociale » couplée d’une ex-« dépressive mélancolique » (comme ils disent dans le métier) ? Oh ça va, j’ai bien le droit, moi aussi ! Après tout, si un de nos grands penseurs français contemporains a pu intituler un ouvrage L’amour dure trois ans, pourquoi je ne pourrais pas faire pire ? Car, comme disait Boris Vian lorsqu’il buvait « systématiquement », « je pose cette question à laquelle personne ne me répond ». Il avait tout compris, le saligaud, surtout quand on sait qu’il jouait aussi du saxo ! « La vie est-t-elle tellement marrante ? La vie est-elle tellement vivante ? (…) La vie vaut-elle d’être vécue ? L’amour vaut-il qu’on soit cocu ? Je pose ces deux questions auxquelles personne ne me répond ». « Je bois sans y prendre plaisir pour pas me dire qu’il faudrait en finir ». Pour résumer, j’ai eu de même ma phase alcoolique romantique squelettique idéaliste mais tout va beaucoup mieux depuis que je danse aussi sur le son de son saxo et que je chante aussi avec Janis sous mon pommeau d’eau. 

Vous l’aurez compris, avant de comprendre tout ça, il m’a fallu du temps, beaucoup de temps, de l’amour, beaucoup d’amour, des gens, beaucoup de gens, des claques, beaucoup de claques, du silence, beaucoup de silence, du bruit, beaucoup de bruit, des livres, beaucoup de livres, des chansons, beaucoup de chansons, du rock’n roll, ouh là beaucoup de rock’n roll et aussi trois passages en HP (ah tout de suite, là, c’est moins glamour). Bah oui, parce que ce n’est pas à l’école, même si elle est républicaine, laïque, gratuite (ah bon ?), mixte sexuellement et socialement (ah bon ?), qu’on va vous expliquer tout ce bordel. Non, non, à l’école, on vous dit que « 2 et 2 font 4 » et que « Dagobert a mis sa culotte à l’envers » après avoir fait la guerre. Autant donc vous dire qu’après la maternelle, le primaire, le secondaire et le tertiaire, soit un total de deux décennies sur un ensemble de vingt-trois années, je n’étais toujours pas rendue bien loin.

Ah pardon… Vous ne connaissez pas l’abréviation HP ? Non, ce n’est pas le diminutif d’Henri-Pierre. En fait, je ne sais si vous êtes chanceux ou malheureux, mais apprenez que cela signifie, selon l’usage courant, Hôpital Psychiatrique. Ah vous êtes refroidi ? Voyons, faut pas, on est tous un peu fou, enfin plus ou moins, c’est certain. Donc comme je vous le disais, oui, je le confesse, par trois fois j’ai été là-bas posée mes fesses et mes complexes. Enfin, je devrais plutôt dire que, par trois fois, on m’a foutu un coup de pied aux fesses, un coup tellement grand qu’il m’a fait y atterrir. « Qui aime bien châtie bien » ? Peut-être, mais ça dépend de quel amour et de quel châtiment il me semble. En fait, moi, je préfère le bien fameux dicton « Qui aime bien aide bien ». Moins compliqué, moins ambigu. Enfin, ça ne tient qu’à moi, bien sûr. 

Entre nous, vous ne trouvez pas, vous, que l’ambiguïté, c’est dangereux pour la santé ? Bon, maintenant qu’on se connaît un peu mieux, je peux bien vous le dire : moi, je suis contre l’ambiguïté ! Chut ! Il paraît que ce n’est pas sexuellement correct à notre époque mais, décidemment, oui, je suis contre l’ambiguïté ! Attention depuis peu, hein ! En fait, depuis quand ? Attendez, je me concentre un peu… j’ai encore un peu trop picolé avec Boris… Oh, ça va ! Vous ne picolez jamais, vous !? Alors… Ah bah, voilà, j’y suis ! Depuis que je parle, en fait. C’est bien ça ! Depuis que je parle, je suis contre l’ambiguïté ! C’est-à-dire que, l’ambiguïté, ça peut tuer si l’on y réfléchit bien. Prenez, par exemple, la religion, la politique, le pouvoir, et malheureusement la passion, c’est ambigu toutes ces choses-là. Non, non, y a pas à chier : si c’est ambigu, c’est foutu ! Ca pue du cul en somme ! Oh, excusez-moi, je deviens vulgaire. Mais, surtout, surtout, ne le prenez pas mal parce que si je parle vulgaire, c’est que je ne suis pas ambiguë et que, donc, je ne me fiche pas de vous ! Hé ouais, « 2 + 2 = 4 », y a pas à chier ! 

Tenez, moi, quand ma première psychothérapeute, la Doctoresse Vocabulaire Spécialisé, m’a expliqué que ma « partie féminine » était en conflit avec ma « partie masculine » parce que mon père exerçait sur moi un « inceste psychologique » et que je devais sortir du « petit cercle » pour aller vers « le plus grand cercle », je n’ai rien compris ! Même avec son schéma explicatif, toutes ses flèches et tous ses cercles, oh là là que nenni ! Je n’ai rien compris… Trop ambigu ! On en revient toujours là ! Putain, les gens ne peuvent pas être simples, mazette ! De la simplicité ! Pas de l’ambiguïté ! « Mais, oui, je sais bien que vous avez fait de longues études, que vous avez lu Sigmund et tous ses condisciples, et c’est très bien ». Mais, si elle m’avait simplement parlé du fait que j’étais peut-être tout simplement en train de grandir, de renoncer à certaines de mes illusions et de vouloir conquérir ma liberté d’adulte, comme tout homme ou toute femme en ce bas monde, ben j’aurais peut-être pas été trois fois à l’hosto, moi ! Ah bah, si, ça compte ! Un, parce que 75 euros la séance ! Deux, parce qu’il fallait enlever ses chaussures avant que Madame Vocabulaire Spécialisé vous explique votre vie et la vie et que, la première fois, je portais mes tennis beiges qui me font puer des pieds ! Trois, parce que vous vous êtes jamais tapés la bouffe en HP, vous, ça se voit ! Mamamia ! 

Donc, simplicité, je t’aime. Mais, attendez, mon second docteur, Professeur Exorciste, était, ma foi, également dans son genre un grand ponte de l’ambiguïté. Figurez-vous qu’il m’expliqua que, si ma mère avait un problème et, en l’occurrence ici donc avec moi, c’était peut-être parce que j’étais hantée par le fantôme de mon grand-père maternel avec qui elle avait une relation très forte. Ah, vous non plus, vous ne suivez pas ? Enfin, voyons, c’est pourtant simple : ma mère a choisi seule de m’appeler Audrey. Or, mon feu grand-père maternel s’appelait André. Logique, mon cher Watson ! Audrey et André, ça se ressemble, ça commence pareil, ça sonne pareil, c’est du pareil au même. Rajoutons le fait que j’étais, à l’époque de mon second thérapeute, folle amoureuse d’un prénommé Antoine : aucun doute, j’avais été conquise par son unique prénom. Bref, vous comprenez mieux naturellement maintenant la cause de mon mal être universel existentiel.  Audrey + André + Antoine = néant. Bon, là, non plus, je n’ai pas bien tout saisi. C’est grave, docteur ?! Je lui ai donc demandé si je devais consulter un exorciste en complément de ses séances. Non, non, non, ne vous moquez pas de moi ! C’est du vécu pur et dur ! Et, n’oublions pas : il n’y a pas de sous métier. Bref, autant vous rappelez que je suis contre l’ambiguïté. Hé ouais, « 2 + 2 = 4 », y a pas à chier ! 

Par conséquent, ambiguïté, je te hais. En plus, je ne sais pas pour vous, mais il est laid ce mot, moi, je trouve. Enfin, il n’est guère beau à prononcer : « ambi-gu-ï-té », c’est dur, chaotique, inauthentique, alors que « simplicité », ah douce, unique et pure simplicité. « Simplicité », ça coule dans la bouche alors qu’il faut déglutir avec « ambiguïté ». 

Mais un poète ROMAIN m’a relevée. De pessimiste inconditionnelle, optimiste acharnée, de phobique sociale, amoureuse humaine. Mais, attention, je ne suis pas naïve pour autant. Les cons sont présents. Ils nous entourent. Ah les cons ! Ah, avant que j’oublie, Madame Vocabulaire Spécialisé m’avait également appris que mon inconscient manquait d’humour. Je crois qu’elle avait raison. 

 « Je découvris l’humour, cette façon habile et entièrement satisfaisante de désamorcer le réel au moment même où il va vous tomber dessus. L’humour a été pour moi, tout le long du chemin, un fraternel compagnonnage ; je lui dois mes seuls instants véritables de triomphe sur l’adversité. Personne n’est jamais parvenue à m’arracher cette arme, et je la retourne d’autant plus volontiers contre moi-même, qu’à travers le « je » et le « moi », c’est à notre condition profonde que j’en ai. L’humour est une déclaration de dignité, une affirmation de la supériorité de l’homme sur ce qui lui arrive. Certains de mes « amis », qui en sont totalement dépourvus, s’attristent de me voir, dans mes écrits, dans mes propos, tourner contre moi-même cette arme essentielle ; ils parlent, ces renseignés, de masochisme, de haine de soi-même, ou même, lorsque je mêle à ces jeux libérateurs ceux qui me sont proches, d’exhibitionnisme et de muflerie. Je les plains. La réalité est que « je » n’existe pas, que le « moi » n’est jamais visé, mais seulement franchi, lorsque je tourne contre lui mon arme préférée ; c’est à la situation humaine que je m’en prends, à travers toutes ses incarnations éphémères, c’est à une condition qui nous fut imposée de l’extérieur, à une loi qui nous fut dictée par des forces obscures comme une quelconque loi de Nuremberg. Dans les rapports humains, ce malentendu fut pour moi une source constante de solitude, car, rien ne vous isole plus que de tendre la main fraternelle de l’humour à ceux qui, à cet égard, sont plus manchots que les pingouins ». 
Simple, mon cher Watson !

« Le désespoir est le suicide du cœur »
Johann Paul Richter
« L’habitude du désespoir est pire
que le désespoir lui-même »
Albert Camus

" Jusqu'à vingt-cinq ans, les enfants aiment leurs parents ; à vingt-cinq ans, ils les jugent ; 
ensuite, ils leur pardonnent "
Hippolyte Taine

" C'est une loi: souffrir pour comprendre "
Eschyle
" Chacun de nous porte un fou sous son manteau, mais certains le dissimulent mieux que d'autres "
Proverbe suédois
« Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière »
Jacques Audiard



« J’ai décidé d’être heureux 
parce que c’est bon pour la santé »
Voltaire]]></description>
        <pubDate>Thu, 26 Jun 2008 16:27:17 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">9819b0f23914186e642b50f30231f8f0</guid>
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        <title><![CDATA[Commentaire de thérèse]]></title>
        <link>http://archibaldaki.over-blog.com/article-20534694-6.html#comment28850521</link>        <description><![CDATA[Code-barres



Drôle de mot que le mot code-barres. 

L’humain possède-t-il un code-barres ? L’ADN, est-ce notre code-barres à nous ? Les Hommes créent-ils toujours plus de besoins et toujours plus de produits pour le simple plaisir de disposer de toujours plus de code-barres dans leurs maisons, dans leurs barres de béton ? L’Homme est-il barré ? Y a-t-il un code secret derrière tout ça ? Dieu a-t-il créé le code-barres ?

C’est là qu’intervient Robert. Une compagnie indéniablement des plus instructives ! Alors qu’est-ce qu’il nous raconte de beau, Roberto ?

« Code à barres : code-barres ». Ok, on n’est pas très avancé là, Robert. Cherchons un peu.

« Code : n.m. (lat. codex). 1. Ensemble des lois et dispositions réglementaires qui régissent une matière déterminée ; recueil de ces lois. Code pénal. Code général des impôts. 2. Ensemble de préceptes qui font loi dans un domaine (morale, goût, art, etc). 3. Système de symboles permettant d’interpréter, de transmettre un message, de représenter une information, des données. Code de signaux. Code informatique. Code à barres : code-barres. – Code postal : ensemble de chiffres (ou, dans certains pays, de lettres) suivi éventuellement d’une localité, devant figurer sur toute adresse postale pour permettre le tri automatique. 4. Système conventionnel, rigoureusement structuré, de symboles ou de signes et de règles combinatoires intégré dans le processus de la communication. Code gestuel. Code de la langue. 5. Combinaison alphanumérique qui, composée sur un clavier électronique, autorise un accès. 6. Code génétique : ensemble des correspondances entre les substances (bases puriques et pyrimidiques) constituant un gène et les substances (acides aminés) constituant la protéine synthétisé grâce à ce gène. (Le code est matérialisé par une liste indiquant pour chaque groupe de trois bases successives, ou codon, l’acide aminé correspondant). Pl : feux de croisement ». Ok, on est trop avancé là. Ah Robert, qu’est-ce que tu en sais des choses ! Ah je la tiens, il existe bien une définition consacrée au seul terme « code-barres ». Voyons ça de plus près.

« Code-barres : n.m. Code utilisant des barres verticales, imprimé sur l’emballage d’un article et qui, lu par un lecteur optique, permet l’identification de l’article, l’affichage de son prix, la gestion informatisé du stock. (On dit aussi code à barres) ».

Pendant que je vous laisse méditer sur toute cette polysémie typique de France et de Navarre, ma sœur va vous raconter une histoire… je vous le donne en mille… une histoire de code-barres ! Oui, ma sœur parce que, moi, l’histoire en question m’a littéralement épuisée et, sincèrement, je suis très fatiguée de la narrer. En plus, ma grande sœur, elle est drôlement drôle. C’était mon idole quand j’étais plus jeune. 

Bonjour, c’est moi, la fameuse sœur. Je m’appelle Juliette. J’ai vingt-neuf ans, toutes mes dents, mais surtout une petite fille qui va bientôt avoir deux ans, Lola, un petit garçon qui va bientôt naître, Félix, et un compagnon qui me suit depuis sept ans maintenant, Esteban. En ce moment, je vis une période déstabilisante, vous savez. Comme je vous l’ai dit déjà, je suis enceinte d’un garçon. Ce qui veut dire qu’en plus de mon sexe féminin à moi, j’ai un sexe masculin dans le ventre ! Quand je me suis rendue compte de ça, ça m’a fait drôlement drôle ! C’est vrai que c’est bizarre quand on y pense… En ce moment, je possède donc deux sexes différents ! Les hommes, ça ne leur arrive jamais ces choses-là… 

Mais il paraît qu’il faut que je vous raconte une autre histoire, une histoire de code-barres. J’ai été en effet chargée de mission par La Naine. Oui, c’est comme ça qu’on la surnomme, ma petite sœur, avec notre autre sœur, ma grande sœur Marie. Bon, on y va, je me dépêche parce que je n’ai pas toute ma journée, moi ! Le concept sociologique de la « double journée » chez les femmes, ça vous dit quelque chose ? Hé bien, voilà, j’ai ma double journée à faire, moi. Ca ne plaisante pas ! J’ai tous mes enfants, à l’école, à épanouir pour qu’ils deviennent des personnes citoyennes et les miens en plus, à la maison, à nourrir pour qu’ils deviennent ce qu’ils veulent être. Oui car je suis aussi professeur des écoles depuis cinq ans et, par là même, modélisante comme ils disent dans le métier. Une profession d’ailleurs humaniste et difficile qui m’apporte beaucoup de travail, beaucoup de soucis mais heureusement aussi beaucoup de bonheur. Alors j’y vais. Je vous la fais courte parce que je cours après le temps, moi.

En fait, l’histoire de ma petite sœur et du notoire code-barres, c’est une histoire toute simple. C’est l’histoire d’une jeune fille qui n’a plus d’appétit pour rien et qui a, du coup, décidé d’en finir avec la vie. Au milieu de sa lettre d’adieux, son stylo plume n’a plus d’encre. Elle ne peut donc plus écrire. En somme, il la lâche à un moment particulièrement délicat. Incapable de trouver une autre cartouche d’encre chez elle et refusant de prendre un stylo d’une autre couleur pour terminer sa missive céleste (oh oui, elle peut être très chiante, ma sœur, quelquefois !), elle court au supermarché pour s’en procurer. Mais, à partir de là, les choses ne vont pas du tout s’enchaîner comme elle le prévoyait. Voilà, ça, c’était juste pour vous situer en gros la situation. Bon, alors, je commence.

On est chez elle, dans son studio, sur Paris. Il est 12 heures 37. C’est ma pause déjeuner. Depuis quelques temps, je ne l’appelle plus avant de partir pour l’école parce qu’elle est en plein dans sa phase insomniaque. Elle vit la nuit. Enfin vivre, ce n’est pas tellement ça en ce moment… Disons qu’elle regarde des films en fumant clope sur clope. Et, elle dort le jour. Enfin dormir, ce n’est pas tellement ça en ce moment… Disons qu’elle se fait des films en fumant clope sur clope. Bon, je l’appelle. Comme d’habitude, je vais tomber sur son répondeur, vous allez voir ! Et, comme d’habitude, je vais m’inquiéter ! Non, en fait, j’ai trois gosses, moi. Hé bien, voilà, ça n’a pas loupé, je tombe sur son répondeur.
-- Fred, c’est moi. Réponds-moi, nom de Dieu ! Tu ne peux pas continuer comme ça. Tout le monde s’inquiète. Tu ne manges plus rien ! Tu ne vois plus personne ! Faut que tu te fasses aider. Décroche ce putain de téléphone ! Fred, je sais que tu m’entends, décroche ! Tu n’es pas toute seule ! Bon, je te rappelle dans la journée, lève-toi et prends une douche. Je t’aime, p’tite conne de sœur. 

Vous le trouvez comment mon message ? Je ne sais plus comment lui dire, moi ! Qu’est-ce que c’est dur ! On l’aime mais elle ne veut pas le voir ! J’ai vraiment peur qu’elle fasse une connerie, vous savez… En ce moment, elle est tellement mal. Elle souffre tellement mais on ne comprend pas bien tout, nous… On n’est pas dans sa tête. Qu’est-ce que c’est dur ! J’ai peur. Je suis sûre qu’elle pleure en ce moment. Je ne sais plus quoi faire… Qu’est-ce que vous feriez, vous, à ma place ? Elle ne mange plus rien, elle dépérit… Elle ne sort plus du tout, elle s’isole… Elle ne se lave même plus, je crois… Oui, je crois qu’elle ne supporte même plus de voir son corps nu. Je crois qu’elle ne se supporte plus tout court mais elle refuse que, nous, on la supporte. Qu’est-ce que vous feriez à ma place, vous ? 

En tous cas, juste après avoir entendu mon message sur son répondeur, ma sœur finit par se lever. Elle commence par ouvrir ses volets, laissant ainsi entrer un peu de lumière. Son studio est comme laissé à l’abandon : cendriers remplis à ras bord un peu partout, bouteilles de vin vidées à la main un peu partout, habits sales traînant un peu partout, poussière et détritus jonchant le sol un peu partout. Chétive, tremblante, la tignasse emmêlée et le noir de ses yeux sur ses joues, elle a du mal à tenir sur ses deux jambes pour s’échouer jusqu’à son réfrigérateur qui ne contient qu’une fin de bouteille de lait qu’elle décide d’engloutir. Rendue dans sa salle de bains, elle se place face à la glace et se tire les traits du visage jusqu’à se défigurer. Rassurée, elle se retourne et tourne le robinet de sa douche, laissant ainsi couler un peu d’eau. Mais elle ne prend aucune douche bizarrement. Quittant les commodités, elle s’installe à son bureau, sort une feuille blanche et son stylo à plume. Et, voilà ce qu’elle écrivait avant que son engin à gribouiller ne l’abandonne à son sort. « A tout le monde, je n’y arrive pas. Non, je n’y arrive décidément pas. J’ai beau essayer, lutter, m’acharner, je m’y attache trop. J’aime trop… Et là est mon égo, mon défaut, mon plus beau « maux », que j’essaie, lutte, m’acharne à mettre en mots tant gros est mon monstrueux bobo. Oh. Hi. Ah ? Je t’aime ? Tu m’attaches. Me détaches. M’enlaces. Je te hais ? Tu m’agaces. Me relâches. M’attires. Essaye de ne pas trop me détester pour ce que je vais faire. Mourir ? Y arriverai-je ? M’y aideras-tu ? Me comprendras-tu ? Comment vous expliquer ? Comment vous expliquer cet enfer de solitude qui vit en moi, s’agrandit pour rétrécir au gré des récifs, rétrécit pour s’agrandir au fil des récits ? Comment vous comprendre ? Comment me comprendre ? Prends le fil. Tire dessus ? Tire-toi ! Coupe le fil. Laisse leur ? Reste-là ! Je »

C’est à ce moment décisif où son fluide épistolaire est épuisé, que Fred qui, comme je vous l’ai expliqué, ne peut supporter l’idée de laisser une lettre d’adieux bicolore, quitte son immeuble en trombe pour aller acheter de l’encre. Le supermarché le plus proche est à deux minutes du bas de son immeuble. Elle y court comme une folle et traverse au feu vert, manquant presque de se faire écraser et de partir sans envoyer aucun mot d’excuses. Tout ça pour ça ! Ouf, elle l’a échappé belle, la frangine ! D’autres piétons la regardent déstabilisée, sur la chaussée, sans l’aider. Se ressaisissant rapidement, elle continue sa furieuse course vers le géant de la consommation. Une fois à l’intérieur, et toujours au galop, elle se met en quête de sa satanée encre bleue. Au cours de sa recherche, ses oreilles interceptent la réclame de la commerciale du supermarché : « Promo exceptionnelle dans votre supermarché préféré pour la Saint-Valentin : moins 30% sur les chocolats et sur les sous-vêtements. Faites-le craquer à petits prix ! ». Ne trouvant son chemin dans ce labyrinthe désenchanté, Fred atterrit au rayon fromages. C’est là qu’une démonstratrice, la cinquantaine passée, l’interpelle pour lui proposer une dégustation gratuite.
-- Hé, mademoiselle, ne courez donc pas si vite ! Vous ne voulez pas goûter un bon morceau de cantal ?! Ca ne vous ferait pas d’mal, vous êtes toute maigrichonne ! 
-- Heu, non, non… Non merci. Je n’ai plus le temps. J’ai un rendez-vous. Non, non. Désolée… Désolée…, répond ma sœur, décontenancée, ce qui fait rire aux éclats la fromagère.
-- Ah la jeunesse ! 

Paniquée par cette ébauche de sociabilité avec une inconnue venue dérangée sa solitude morbide, ma soeur trouve enfin la direction du rayon fournitures scolaires et son encre bleue. Ah, elle n’est pas toujours très fute fute, la P’tite ! Toujours en courant, et de plus en plus essoufflée, elle se rend donc à la caisse la plus proche. Il n’y a aucun client devant elle. Le caissier, un jeune homme très grand, la regarde un peu surpris. 
-- Ca va ? Vous avez l’air au bord de l’asphyxie ?  
-- Oui, oui… Je vous dois combien ?
 Le cœur de ma sœur commence à battre la chamade. A ce moment-là, elle pense encore que c’est à cause de son sprint insensé.
-- Ca fait 3 euros 75, s’il vous plaît. 
Elle lui donne l’argent. Il lui redonne la monnaie.
-- Bonne journée. 
Elle ne lui répond pas (oui, ma sœur peut être très mal polie quelquefois) et sort du supermarché pendant que la commerciale continue son sempiternel et subliminal refrain : « Promo exceptionnelle dans votre supermarché préféré pour la Saint-Valentin : moins 30% sur les chocolats et sur les sous-vêtements. Faites-le craquer à petits prix ! »

De retour dans sa grotte, ma sœur se précipite vers son bureau, se réinstalle devant, place la cartouche d’encre tout juste achetée dans son stylo plume et laisse sa main droite enfourcher ce dernier. Mais, après quelques minutes d’intense concentration, aucun mouvement n’anime la machine à écrire. Ma sœur est comme figée. Elle se dit alors qu’elle passera à l’acte le lendemain, lorsqu’elle aura réussie à terminer sa lettre, se persuadant du même coup qu’il doit être normal de ne pas parvenir à terminer une lettre d’adieux d’une seule traite et qu’elle y arrivera le jour suivant. Quelle grande naïve, ma sœur, tout de même ! Réalisant tout à coup que l’eau coule, elle se dirige vers la salle de bains. 

Nous sommes le lendemain. 11 heures 32 du matin. Ma sœur, sans panier à courses, traverse un des rayons du supermarché de la veille qui conduit au rayon fromages. Pendant que la même démonstratrice l’interpelle à nouveau, ma sœur découvre le prénom de cette dernière inscrit sur un badge rose. La dame aux fromages s’appelle Simone. 
-- Ah, mon p’tit, j’vous reconnais ! Vous n’allez pas me faire le même coup qu’hier ! Aujourd’hui, j’ai du chèvre, du pur Saint-Maur de Touraine, alors pas de non qui tienne, goûtez moi donc ça ! Vous avez besoin de manger, vous, ça s’voit !
Alors, là, je dis absolument d’accord avec vous, Simone ! Ma sœur n’a même pas le temps d’actionner ses cordes vocales que Simone lui glisse illico presto un morceau de chèvre dans la bouche. 
-- C’est pas mieux comme ça !, s’esclaffe Super Simone.
-- Si, si… Merci. Vous êtes gentille…, parvient tout juste à sortir de sa bouche ma sœur qui est en train de s’étrangler avec le fromage introduit de force. 
-- Appelez-moi, Simone, mon p’tit. Allez, prenez-moi ce p’tit chèvre, vous ne le regretterez pas, ça ne pourra que vous faire du bien !
Super Simone lui en dépose alors un dans le creux de la main.
-- D’accord, d’accord. Bonne journée, répond ma soeurette, incapable de résister à l’assaut pendant qu’elle se détourne pour partir. A ce moment-là, la dégustatrice lui lance un « A demain ».
Fred, étonnée, se retourne. Simone lui sourit. La Naine lui rend un timide sourire. 

Fred se retrouve, comme par hasard, à la caisse du même jeune homme. 
-- Vous avez l’air en meilleure forme, aujourd’hui. Ca fera 4 euros, s’il vous plaît, lui assène le grand type. 
 -- Euh oui, oui. Tenez. Bon… Bonne journée, bredouille ma sœur en pleine déconfiture rougeoyante.
 -- De même, mademoiselle, lui balance à nouveau le gaillard. 

Pendant qu’elle sort de ce marché super en chancelant presque (elle a trop mangé, vous comprenez, elle n’a plus l’habitude), sonne encore en arrière-fond ce cadeau si mélodieux pour les tympans : « Promo exceptionnelle dans votre supermarché préféré pour la Saint-Valentin : moins 40% sur les chocolats et sur les sous-vêtements. Faites-le craquer à petits prix ! ». En poussant la porte exit du discount, Fred remarque une femme repliée sur le trottoir qui tend la main. Elle lui tend le fromage. 

Encore une fois, ma sœur a vite été se réfugier dans son antre. Là, elle se regarde dans le miroir de la salle de bains. Il y a bien longtemps qu’elle n’a joué à Narcisse. Mais qu’est-ce qu’elle fabrique ? Oh, elle fait une bouche pulpeuse ; elle se pince les pommettes pour avoir les joues roses, je crois. Elle a raison, elle a vraiment mauvaise mine. Mais qu’est-ce qu’elle fabrique ? Oh, elle parle toute seule maintenant. 
-- J’suis moche. J’suis moche. J’suis moche. Faudrait un ravalement de façade intégrale !
 Mais qu’est-ce qu’elle fabrique, ce n’est pas vrai ça ! Elle est maintenant en train de se gribouiller complètement le visage avec son khôl noir pour les yeux ! Bon sang, je l’appelle ! Ce n’est plus possible ! Euh, excusez-moi, je suis en train de vous embrouiller-là : à ce moment-là, je ne savais pas qu’elle se barbouillait le visage, je l’appelais juste comme d’habitude à 12 heures 37, pendant ma pause déjeuner de l’école. 

Bon, est-ce qu’elle va enfin me répondre, cette petite conne ! Une sonnerie, deux, trois, quatre ! Toujours rien ! Cinq, six ! Ah enfin ! Soulagement ! Elle décroche !
-- Allo ?, interroge ma soeur.
-- C’est moi. Tu vas bien ? Qu’est-ce que tu fais ?, lui dis-je d’un ton inquiet que je n’arrive plus à dissimuler depuis quelques semaines.
-- J’me maquille !, rit-elle. 
-- Oh c’est vrai ! J’suis contente !, la croyant alors qu’elle se moque d’elle-même et de moi par la même occasion. Tu sors ? Tu vas voir tes copines ?, je l’encourage.
-- Non… Enfin si ! Je vais au supermarché !, me répond-t-elle.
-- Mais c’est super ! Tu as un peu plus faim ? Tu as un peu recouvert l’appétit, ma puce ?, je m’exclame.
-- Non, j’suis juste amoureuse…, elle me nargue.
-- Mais qu’est-ce que tu racontes encore ?! C’est quoi ces conneries ? Tu ne manges pas plus mais t’es amoureuse donc c’est pour ça que tu vas au supermarché ! Tu dis encore n’importe quoi !, je m’emporte.
-- Ouais, c’est ça ! Si t’étais un peu moins conne, tu comprendrais que je suis folle amoureuse d’un caissier !, me sort-elle comme s’il s’agissait d’une équation mathématique des plus logiques. La vraie p’tite conne, je vous jure !
-- Et vous vous êtes parlés au moins ?, je lui rétorque abruptement. 
-- Ouais, deux fois ! Il m’a souhaité deux fois « bonne journée » !, me provoque-t-elle.
-- Arrête ça tout de suite, Fred ! Putain, c’est quand que tu vas arrêter tes délires ! Tu n’es pas amoureuse ! Tu es malade ! Tu traverses une zone de dépression ! Tu veux que je te rafraîchisse la mémoire ou quoi ! Tu vas venir habiter à la maison, ce n’est plus possible que tu continues comme ça ! Tu ne peux pas rester toute seule ! Nous, on se fait trop de soucis !, je crie dans le combiné. 
-- Tu piges vraiment que dalle !, raccroche-t-elle en pleurant.

Je suis déstabilisée, anéantie, abasourdie… Je ne sais plus quoi faire… Je pleure aussi. Qu’est-ce que vous feriez à ma place, vous ?

La fin de l’après-midi arrive, je pense toujours à elle mais je ne pleure plus. Lola est rentrée de la crèche. Je la rappellerai en début de soirée. Si elle ne me répond pas, j’irai la chercher par la peau du cul ! 

Pendant que je fais semblant de donner le bain à mon bébé, Fred, elle, est repartie pour un tour dans les rayons du supermarché. Cette fois, avec un panier à courses, mieux habillée et même un peu maquillée. En passant devant le rayon boucherie, elle manque de se sentir mal. C’est tout ce rouge, tout ce sang. A l’intersection avec le rayon fruits et légumes, elle fixe un étal de bananes bien jaunes. 

Elle est maintenant dans la file d’attente de la caisse du même grand jeune homme, comme par hasard. Devant elle, sur le tapis roulant, sont posés des fraises et un pot de crème fraîche épaisse. Pendant qu’elle est là à attendre, une image lui traverse l’esprit : deux bouches se partageant une même fraise sensuellement. Sitôt apparue, sitôt disparue. C’est au tour de Fred de payer. Ses mains tremblent…
-- Ca fait deux fois que je vous vois aujourd’hui. Vous ne voulez pas la carte de fidélité ? Vous avez des réductions avec. C’est intéressant, vous savez, lui demande le caissier.
 -- Euh si si, c’est une bonne idée…, bafouille-t-elle, pendant que la même image des deux bouches sensuelles et de la fraise la réattaque. Pendant qu’elle remplit un papier pour obtenir la carte de fidélité, toute flageolante et béate, ma sœur se dit intérieurement : « Il m’a vue ! Donc il me voit ! Donc, lui aussi, il m’aime, alors ?! Et la carte de fidélité, c’est peut-être un message ?! ». Elle est grave quelquefois, ma sœur, non ?

Mais c’est qu’elle est toute contente, la p’tite conne ! Et qu’elle mange en plus ! C’est incroyable ! Elle est là, sur son clic-clac, avec ses fraises et sa crème fraîche en train d’écouter une noire qui offre ses tripes. Merci. Mais elle regarde aussi quelque chose qui est posé, en évidence, sur son bureau : c’est le balbutiement de sa lettre d’excuses sur laquelle veille son stylo plume. C’est à ce moment que je décide de l’appeler. Cette fois, elle décroche dès la troisième sonnerie.
-- Allo ?, lance-t-elle la bouche pleine. Ah j’ai horreur des gens qui parlent alors que leur cavité buccale est occupée mais, là, je me fais violence, je ne lui fais surtout pas part de cette remarque. 
-- Ah j’suis contente que tu décroches. Comment ça va ce soir ?, me contiens-je. 
-- Ca va. Je suis en train de manger. Ca devrait te rassurer !, déglutit-elle dans ma délicate oreille.
-- Oui, c’est bien. Ca me rassure un peu, lui dis-je et c’est vrai.
-- C’est parce que j’suis amoureuse, tu sais, m’assène-t-elle à nouveau.
-- Mélange pas tout, tu veux ! J’ai pris un nouveau rendez-vous pour toi. Ca a l’air d’être quelqu’un de vraiment bien, je lui réponds en l’encourageant. 
Mais, à ce moment-là, Lola se met à pleurer et Esteban, comme d’habitude, n’est pas là quand j’ai vraiment besoin de lui !
-- Ecoute, faudra qu’on en reparle, y a Lola qui vient de tomber, faut que j’te laisse. Je te rappelle demain matin. Gros bisous. Je t’aime. Et pas de conneries, hein ? Promis ?, finis-je par lui dire.
-- Ouais, ouais, c’est ça… Allez, bisous à tout le monde, elle me répond.

Epuisée, elle s’endort. Ca ne lui est pas arrivé depuis des lustres, je crois. Par contre, de mon côté, je n’ai pas pu dormir de toute la nuit, cette nuit-là, comme au cours de beaucoup d’autres pendant cette période d’ailleurs.

Lendemain. Ma sœur est une nouvelle fois à l’intérieur du dit supermarché. Elle stationne au rayon fromages avec son panier à courses déjà un peu rempli par des fraises et des bananes. Bon, c’est bien, tu remanges mais il y a autre chose que des fruits sur terre, tu le sais pourtant ! Elle se dirige vers la démonstratrice. 
-- Bonjour, madame, lui lance-t-elle, engageant ainsi pour la première fois le dialogue.
-- Oh, je vous ai déjà dit de m’appeler Simone ! Dites donc, vous avez meilleure mine aujourd’hui, mon p’tit ! Ca, c’est l’effet d’un bon Saint-Maur, non ?, lui lâche-t-elle en riant.
-- Euh oui oui, il était très bon, ment-elle. D’ailleurs, je vais vous en reprendre un autre, Simone. Moi, c’est Frédérique, au fait.
-- Ah bah, ma bonne demoiselle, vous me faites plaisir là, ma journée n’aura pas servi à rien ! Les gens sont si pressés qu’ils ne me voient même pas !, rit-elle. 
-- Merci, lui dit-elle, lorsque Simone lui tendit le fromage.
-- Non, c’est moi qui vous remercie. A bientôt, jeune Frédérique !, sourit-elle à ma sœur.
-- A bientôt, oui, sourit ma sœur à Simone.

Un tapis roulant avec dessus deux biftecks, des courgettes, des pommes de terre, de l’aïl, du vin rouge, des fraises, des bananes, des bas et un Saint-Maur. « Promo exceptionnelle dans votre supermarché préféré pour la Saint-Valentin : moins 50% sur les chocolats et sur les sous-vêtements. Faites-le craquer à petits prix ! ». Ma sœur est plantée là, dans la file d’attente de son grand caissier habituel, comme par hasard. Ce sont ses courses étalées, là, devant. Elle regarde le jeune homme furtivement, de temps en temps, en rougissant et en crépitant. C’est alors qu’elle se met à rêvasser. Elle est déguisée en fraise géante et glisse sur le tapis roulant de la caisse du jeune gars. Celui-ci la soulève doucement pour la peser comme si elle était une délicate fraise. En place et lieu du poids et du prix sur la balance, on peut lire « 53 kilos d’amour pour toi ». 
-- Ouh ouh mademoiselle, c’est à vous, ça fait 32 euros 78 centimes, s’il vous plaît. Vous avez la carte, je crois… c’est moi qui vous l’ai faite, la réveille-t-il.
-- Oh oui oui, excusez-moi, je me prenais pour une fraise, lance-t-elle réalisant immédiatement l’énormité de sa gaffe, incompréhensible pour autrui, en même temps qu’elle fait tomber ses pièces de monnaie face à la tempête qui l’agite soudain violemment.
-- Pour une fraise ?, rit-il gentiment.
-- Euh non, non, laissez tomber, je dis n’importe quoi… , répond-t-elle, morte de honte. Non, en fait, moi, je suis une poire, une grosse poire ou plutôt une quiche, si vous préférez… Oui, c’est plus moi, ça. 
Elle lui tend la monnaie ce qui lui coûte un gros effort de concentration.
-- Vous êtes rigolote, vous !, conclut-il. Non mais, moi, je vous vois plutôt comme une cerise!, poursuit-il toujours en riant.
-- Ah oui ?, lui répond-t-elle, interloquée, en même temps qu’elle reprend sa monnaie. 
-- Si si je vous assure !, rit-il de nouveau. Bonne journée. A bientôt.
-- Oui oui, à bientôt, dit-elle dans sa barbe en se sauvant.

Ma sœur a changé de tenue. Elle s’est habillée à la mode masculine comme elle le fait souvent. Elle a les cheveux enchevêtrés et non soignés comme elle les a souvent. Elle est assise devant sa toute petite table à manger. Deux couverts sont disposés et servis de telle manière qu’on penserait qu’elle a invité quelqu’un à dîner. Elle se met alors à parler toute seule. Et c’est reparti ! Ah, elle me pose souci ma soeur ! Par contre, elle semble manger avec appétit. C’est bien.
-- Alors, comme ça, je suis une cerise ?, lance-t-elle d’une voix suave que je ne lui connaissais pas.
-- Oui, je confirme, une cerise très appétissante, ma foi !, s’imagine-t-elle. 
-- Ah bon, moi, j’ai plutôt l’impression d’être une poire toute pourrie…, se répond-t-elle à elle-même, d’une petite voix d’enfant que je lui connais. Elle se met à pleurer doucement. La lettre et le stylo sont toujours posés là, sur son bureau, bien en évidence. Elle se lève et allume la radio. Le poste crache : « Plus qu’une semaine pour participer au grand concours Saint-Valentin avec le journal Tribulation. Déclarez lui votre amour en étant publié et gagnez peut-être un voyage de deux mois pour deux avec votre cher(e) et tendre pour une destination surprise de rêve ! Appelez le 08 25 25 35 35 ou consultez le site internet saintvalentintribulation.fr. Attention plus qu’une semaine pour s’inscrire ».

Jour suivant. Fred est revenue au supermarché. Elle est apprêtée. J’ai rarement eu l’occasion de la voir habillée en fille. Elle marche à travers les rayons cosmétiques/beauté. Elle cherche quelque chose. Elle est aussi gênée par quelque chose sous sa jupe. Elle tire dessus à plusieurs reprises et semble très déconfite. « Putain, c’est pas possible, ça ! Pour une fois que je fais un effort comme toutes ces bonnes femmes, que j’enfile leurs putains de bas comme toutes ces pouffiasses pour faire plaisir à tous ces « von culo » ! Merde, il faut que je les enfile du mauvais côté et que ça tombe ! Putain, la honte ! Oh la honte ! J’en ai marre d’être une quiche ! A l’aide, bordel ! Ouh ouh ? Y a quelqu’un ? ». Elle en est là de ses intenses réflexions féministes lorsqu’elle aperçoit soudain le panneau « cabines » du supermarché.

Elle s’est réfugiée dans une des cabines d’essayage. Elle a fait semblant de prendre un article pour avoir un alibi. Ici, ça ne peut être qu’un article de lingerie. Elle a donc opté pour un ensemble culotte, soutien-gorge noir très sexy. Mais elle ne l’essaie pas. Elle veut juste changer ses bas de sens.
-- Putain, qu’est-ce que c’est chiant d’être une meuf !, crie-t-elle depuis sa cabine d’essayage.
-- Tout va bien, mademoiselle ?, lui répond, de derrière le rideau, d’une voix perplexe, une des vendeuses du magasin.
-- Oh oui, oui… Tout va très bien, merci…, répond-t-elle, transie d’effroi après sa performance vocale pulsionnelle. 

Une fois sortie de sa cachette, avec des bas cette fois-ci bien accrochés, ma sœur se rend au rayon préservatifs qu’elle a repéré préalablement. Elle est très gênée. Un homme, vraiment chic, d’une soixantaine d’années environ, est là lui aussi. Il semble savoir ce qu’il veut sans hésitation. Amusé, il observe Fred qui est de plus en plus mal à l’aise et qui finit par faire tomber une boîte de préservatifs. C’est alors qu’il la ramasse et lui dit d’un ton à la fois sérieux et malicieux : 
-- Mademoiselle, je vous déconseille fortement ceux-ci. Croyez-en l’expérience d’un vieillard ! Prenez plutôt ceux-là, c’est d’un bien meilleur rapport qualité-prix et votre amoureux et vous-même apprécierez davantage, je vous le garantis !
Et, il lui tend une autre boîte avec un grand sourire.  
-- Ah d’accord… Mer… Merci beaucoup…, arrive-t-elle difficilement à lui répondre, rouge de honte. J’avoue que je n’y connais pas grand-chose, finit-elle par lâcher dans un rire soulagé. Bonne journée ! 
-- Egalement, mademoiselle !, lui accorde le distingué monsieur.

Ma sœur, après toutes ces émotions, choisit par emprunter la voie du rayon fromages. Elle voit Simone. Simone la voit.
-- Ah vous voyez quand vous voulez, vous pouvez avoir le sourire !, rit Simone. 
-- Comment ?, ne comprend pas ma sœur, encore sous le choc de toutes ces expériences revivifiantes. 
-- Qu’est-ce que vous voudriez de bon et de beau aujourd’hui, ma belle ?, la questionne la fromagère, toujours riant de plus belle. 
-- De la mozzarella, Simone, s’il vous plaît !, s’esclaffe Fred, à son tour, délestée. 

Un tapis roulant avec dessus des fraises, de la vodka, des dessous noirs sexy, des bougies, une boîte de préservatifs et de la mozzarella. Fichtre, elle ne s’embête pas, la frangine !
-- En voilà un chanceux !, constate le grand caissier en riant.
-- Euh…, déglutit Fred, en liquéfaction. 
-- Ca vous fait 62 euros 50 centimes avec la carte. Vous voyez que vous avez bien fait de la prendre ! Je vous vois souvent par ici ces derniers temps. Vous venez d’emménager dans le quartier ?, l’interroge-t-il.
-- Euh non non… En fait, avant, j’allais chez ED L’épicier, lui répond-t-elle, évasive.
-- Ah oui, je comprends, c’est beaucoup moins cher qu’ici, réplique-t-il.
-- Euh oui, oui… Et, c’est moins risqué… Euh euh, vous… vous aimez les fraises ?, balance-t-elle de but en blanc. 
C’est alors qu’elle perçoit à cet instant précis une femme kangourou avec son bébé posé sur le ventre qui s’approche d’eux. Arrivant par surprise derrière le caissier, celle-ci l’enlace par la taille et l’embrasse dans le cou. Ma soeur, percutée, quitte subitement la caisse en courant et en laissant ce qu’elle vient tout juste de régler. Elle sort du magasin au galop, comme un cheval fou, et manque de se faire écraser une nouvelle fois au premier carrefour. Deux passants viennent à son aide. Ce qui ne l’empêche pas, après les avoir remerciés, de rentrer dans sa tanière en courant toujours de plus belle. Gravissant les quatre étages quatre à quatre, ouvrant sa porte aussi vite qu’elle le peut, elle s’engouffre telle une furie et se met à jeter à la poubelle tout ce qu’elle a pu acheter au supermarché ces deux derniers jours. Elle semble au bord de l’hystérie. Elle pleure, pleure, pleure. Son mascara lui dégouline sur le visage. Elle s’élance, ensuite, pour s’asseoir à son bureau, réarme son stylo plume et reprend le début de sa lettre de départ. Elle se met à écrire tout de go.

C’est le jour. Son appartement est vide. Plus rien. Plus de Fred. Disparue. Plus rien. Ni meubles ni objets. Rien. Que du vide. Le noir. Le néant.

Je sors. J’ai rendez-vous avec une de mes plus chères amies dans mon bar de quartier préféré. J’y arrive. Mon âme soeur est déjà là, attablée, en attente, ainsi que deux kirs bien servis. Qu’elle me connaît bien ! Que j’en ai besoin ! J’entre, arrive à son niveau et m’installe à ses côtés.
-- Alors elle est enfin partie, ta petite sœur !, me bombarde-t-elle directement, en me faisant la bise. C’est super ! 
-- Oui, elle a grandi d’un coup, La Naine !, je ris. Tu veux lire son poème ? Je l’ai pris exprès pour te montrer !, je m’enthousiasme. 
-- Bien sûr ! Tu crois que je suis là pour toi et ton gros ventre !, me taquine-t-elle.

Je sors le journal en question. Mon amie se rapproche, nos deux têtes se touchent presque et nous posons les yeux sur le mot victorieux :

« Ah être une frisée et glisser 
entre tes doigts 
toute décoiffée
sur ton tapis roulant…
Ah être un kilo de fraises et être emballée
par toi…
Face à la caisse, j’attends,
tremble et rougis,
comme un brocoli.
Certes daltonienne
mais surtout tienne,
ED L’Epicier,
j’ai quitté,
pour ton regard 
qui a fait vibrer mon code-barres »
Une patate douce


-- Tous ces beaux mots pour un mec ! Et un caissier en plus !, s’esclaffe mon amie qui vient de finir de lire le texte. Et, alors, elle est partie avec lui, au moins ? 
-- Non, il a déjà un bébé avec une autre ! Elle est partie avec Simone ! C’était la dégustatrice de fromages du supermarché où le type travaillait !, je meurs de rire. Elle aussi. Nous en faisons presque pipi dans notre culotte. 


« Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, 
modelé, construit, inventé, (aimé) 
que pour sortir de l’enfer »
Antonin Artaud, Le suicidé de la société.
" De tous les maux, les plus douloureux 
sont ceux que l'on s'est infligés à soi-même "
Sophocle


« Etre en vie, c’est avoir envie »
Bertrand Jouffroy



« Barbara »
« Rappelle-toi Barbara  
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là  
Et tu marchais souriante  
Épanouie ravie ruisselante  
Sous la pluie  
Rappelle-toi Barbara  
Il pleuvait sans cesse sur Brest  
Et je t'ai croisée rue de Siam  
Tu souriais  
Et moi je souriais de même  
Rappelle-toi Barbara  
Toi que je ne connaissais pas  
Toi qui ne me connaissais pas  
Rappelle-toi  
Rappelle-toi quand même jour-là  
N'oublie pas  
Un homme sous un porche s'abritait  
Et il a crié ton nom  
Barbara  
Et tu as couru vers lui sous la pluie  
Ruisselante ravie épanouie  
Et tu t'es jetée dans ses bras  
Rappelle-toi cela Barbara  
Et ne m'en veux pas si je te tutoie  
Je dis tu à tous ceux que j'aime  
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois  
Je dis tu à tous ceux qui s'aiment  
Même si je ne les connais pas  
Rappelle-toi Barbara  
N'oublie pas  
Cette pluie sage et heureuse  
Sur ton visage heureux  
Sur cette ville heureuse  
Cette pluie sur la mer  
Sur l'arsenal  
Sur le bateau d'Ouessant  
Oh Barbara  
Quelle connerie la guerre  
Qu'es-tu devenue maintenant  
Sous cette pluie de fer  
De feu d'acier de sang  
Et celui qui te serrait dans ses bras  
Amoureusement  
Est-il mort disparu ou bien encore vivant  
Oh Barbara  
Il pleut sans cesse sur Brest  
Comme il pleuvait avant  
Mais ce n'est plus pareil et tout est abîmé  
C'est une pluie de deuil terrible et désolée  
Ce n'est même plus l'orage  
De fer d'acier de sang  
Tout simplement des nuages  
Qui crèvent comme des chiens  
Des chiens qui disparaissent  
Au fil de l'eau sur Brest  
Et vont pourrir au loin  
Au loin très loin de Brest  
Dont il ne reste rien »  
Jacques Prévert]]></description>
        <pubDate>Thu, 26 Jun 2008 16:05:15 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">f09969592e07c56eb83ec3214e38accc</guid>
                                            </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Commentaire de thérèse]]></title>
        <link>http://archibaldaki.over-blog.com/article-19898078-6.html#comment28849796</link>        <description><![CDATA[« Colocater ou ne pas colocater ? », telle est ma question




« To be or not to be, that is the question »

En Français, cela donne « Etre ou ne pas être, telle est la question ». Dans l’encyclopédie électronique Wikipédia, j’ai appris qu’on pouvait « mesurer l’influence de Shakespeare sur la culture anglo-saxonne en observant les nombreuses références qui lui sont faites, que ce soit à travers des citations (comme celle-ci), des titres d’œuvres ou les innombrables adaptations de ses travaux. (Une immortelle influence puisqu’il est) extrêmement rare de voir un écrivain du XVIe siècle dont les textes puissent donner, toujours de nos jours, des films à succès. On dit d’ailleurs de l'anglais qu'il est la « langue de Shakespeare » de la même manière qu'on dit du français qu'il est la « langue de Molière », l'allemand la « langue de Goethe », l'espagnol la « langue de Cervantes » ou l'italien la « langue de Dante ». » 

Imaginez maintenant Shakespeare, Molière, Goethe, Cervantes et Dante réunis dans une même auberge, par exemple, espagnole. Vous avez tous vu le film, je suppose. Alors imaginez le avec ces nouveaux interprètes européens. Pensez-vous qu’ils parleraient ensemble en espagnol, en anglais ou en latin ? Pensez-vous que ces cinq-là s’entendraient bien ? Pensez-vous que, pour qu’une langue vous soit décernée, il faille forcément être de sexe masculin ? Cela laisse songeur… 

Moi, j’habite en colocation depuis presque deux ans. Et si Hamlet a pour interrogation existentielle, au XVIe siècle, « être ou ne pas être ? », ma question à moi, au XXIe siècle, serait plutôt « colocater ou ne pas colocater ? ». 

Mon château à moi, il n’est pas en Espagne mais en France, dans le 19ème arrondissement de sa capitale. Et, j’ai eu de nombreux démêlés pour le localiser. Si vous saviez en effet tout le mal qu’il faut se donner pour trouver une colocation, votre colocation, de surcroît sur Paris… C’est une sacrée aventure. Mais si cela vous intéresse, je peux vous donner quelques recommandations avant de partir pour votre voyage en pays colocatien. Parce que j’aurais bien aimé, moi, que quelqu’un me conseille avant de faire mes bagages. Je ne les aurais sûrement pas préparés et empaquetés de la même manière. Je n’aurais alors pas oublié certaines affaires essentielles telles que des boules quiès, un flingue et mon carnet d’adresses entre autres… 

Premièrement, vous devez être particulièrement motivé ! Attention, pas seulement par la perspective de disposer d’un appartement plus spacieux pour un loyer beaucoup plus réduit que votre minuscule studio solitaire actuel. Non, vous devez être beaucoup plus motivé que cela ! Je ne vous dirai pas encore pourquoi parce que sinon vous ne voudriez jamais tenter l’expérience. Gardons un peu de mystère pour l’instant donc. Mais soyez motivé, c’est une question de vie ou de mort.

Deuxièmement, partez dans l’idée administrative que, comme Astérix, Les douze travaux vous attendent. Car préparer un dossier de location en colocation pour une agence immobilière, c’est du sport. Vos matchs de football avec vos potes le dimanche après-midi, aux Buttes-Chaumont, c’est une promenade de santé à côté, croyez-moi. Bref, munissez-vous de calme, de raison et d’amour pour votre prochain. On va vous demander des choses impensables, indécentes, outrageantes. On va exiger de vous des garanties à n’en plus finir, jusqu’à quasi vous réclamer une caution de vos arrières-arrières-arrières grands-parents. La sécurité, voilà leur unique maître mot. Surtout restez calme et sachez vous maîtriser. Cette grande force pourra d’ailleurs vous resservir ultérieurement et à de nombreuses reprises au cours de votre aventure. Oui, parce que le flingue n’est peut-être pas la meilleure option. 

Rentrons dans le jeu maintenant. N’oubliez pas : ce ne sera pas un jeu d’enfant. 
Comment chercher une colocation d’abord ? Si vous possédez un ordinateur, démarrez-le. Si vous n’en avez pas, rendez vous dans un café internet. Cliquez sur le moteur de recherche et tapez le terme colocation. Prenez le premier site d’annonces et lancez-vous. « Qui ne tente rien n’a rien », comme diraient vos intrépides mémés Georgette et Henriette. Vont alors s’étaler sur votre écran des offres à perte de vue. Procédez à un premier écrémage. Eliminez d’office les annonces dont le texte est plus petit que la photographie du ou de la ou des colocataires. C’est mauvais signe. Repérez plutôt les descriptifs de colocation d’où se dégagent un style sympathique et un esprit non individualiste aux antipodes de la simple recherche d’une part de loyer supplémentaire. Car vous n’allez pas faire que partager un loyer : vous allez partager votre quotidien, votre intimité, vos humeurs, vos fous rires, vos coups de gueule. Je m’arrête là, la liste exhaustive serait trop longue. Autant donc vous avertir avant la ligne de départ que la colocation est loin d’être un long fleuve tranquille. Ce serait plutôt comme l’écume des jours de la vie de couple mais sans le sexe. Bref, vous voilà maintenant muni de votre petite sélection personnelle. 

Passez alors au niveau suivant : la prise de contact téléphonique. Le timbre et l’intonation d’une voix peuvent vous en apprendre beaucoup sur une personne. N’oubliez cependant pas que la première impression et les apparences peuvent être trompeuses également. « L’habit ne fait pas le moine », comme diraient vos sages mémés Henriette et Georgette. Engagez le dialogue et, si le feeling est bon, prenez rendez-vous pour visiter peut-être votre futur lieu de villégiature. Entre les annonces périmées depuis trois mois et les voix en porte-à-faux, votre sélection s’est réduite de moitié. Restez motivé. Ne vous dispersez pas. Le jeu en vaut la chandelle. 

Vous êtes au niveau trois du jeu désormais. Attention, vous n’avez plus de joker. Votre préavis expire dans deux semaines à compter d’aujourd’hui et votre ancien propriétaire, qui se fait une joie de vous voir débarrasser son plancher, ne vous fera pas de fleur si vous dépassez le délai pour trouver votre nouveau bonheur en collectivité. Soyez donc particulièrement efficace lors de ces rendez-vous colocatiens. Vous n’aurez pas de deuxième vie dans ce jeu, juste une deuxième chance. 
C’est aujourd’hui votre première rencontre pour de vrai avec une potentielle collectivité. Mettez toutes les chances de votre côté et arrivez à l’heure avec des fleurs. Non, les fleurs ne sont pas utiles : vous n’êtes pas tombé dans le piège. Bravo ! Ne jamais en faire trop : règle numéro 28. Donc présentez vous au rendez-vous dans les temps simplement. Restez vous-même et observez bien. Car vos possibles futurs colocataires sont, pour l’instant, vos adversaires à ce niveau du jeu. Ils vont essayer de vous tester. Ne paniquez pas. Sachez rester vous-même, même face à l’ennemi. Mais observez bien également. Le jeu ne peut être joué sans les deux parties. Vous aussi, vous avez des pions à placer et des coups à étudier. Vous pouvez aussi leur poser des questions. Vous n’êtes pas tenu aux seules réponses. Ne l’oubliez pas, car certains offreurs de l’équipe concurrente vont se croire omnipotents, puisque détenant les quatre murs. Si vous tombez, par exemple, sur deux normaliennes en économie, sachez qu’elles vont essayer de vous faire passer un examen de colocation, du même acabit qu’un entretien d’embauche. Elles joueront les terreurs pour vous impressionner parce qu’elles seront, chacune, lors de la rencontre, accompagnées de leur promis respectif repéré par mère depuis leur adolescence au cours de rallyes bimensuels. Restez serein et ne vous laissez pas convaincre et vaincre par l’adversité. Leur stratégie est éculée : elles vont tenter de vous dominer en vous assénant leur questionnaire qui est beaucoup moins drôle que celui de Proust, il faut bien l’avouer. « Quel est le dernier livre que tu aies lu ? ». Ouh là, elles commencent déjà à vous « courir sur les haricots », comme diraient vos sacrées mémés Georgette et Henriette. Ne vous démontez pas. C’est un point pour vous : vous commencez à vous dire que vous n’avez pas très envie de colocater de cette manière, bref que vous n’avez pas très envie d’entrer dans leur prétentieux jeu. « Le samedi soir, tu es plutôt foot/bière ou star académie/pizza ? ». Ouh là, détendez-vous. Le piège est tellement stéréotypé qu’il vous fait tiquer. Sortez vite de cet appartement, même s’il est fabuleux avec son parquet vieillot, ses moulures haussmanniennes et ses poutres apparentes. Vous êtes maintenant dehors, à l’air libre. Vous vous sentez déjà mieux, même si vous êtes assommé par cette partie. Mais le jeu continue. Repartez de la case départ sans passer par la case abandon. 

C’est votre seconde partie. Vous êtes une nouvelle fois ponctuel. Vous sonnez à la porte. D’entrée de jeu, personne ne vous répond. Vous sonnez, à nouveau, au bout de cinq minutes. Toujours rien. Vous attendez un peu et décidez d’appeler les offreurs d’appartement. Pas de réponse. Vous commencez à désespérer. Vous avez pris quatre lignes de métropolitain différentes plus dix minutes dans les jambes pour venir, alors qu’aujourd’hui sortait sur les écrans Little Miss Sunshine. Restez calme. Armez-vous de patience, car comme diraient vos âgées mémés Henriette et Georgette, « Tout vient à point à qui sait attendre ». Dix minutes plus tard, votre téléphone portable réagit. C’est un des annonceurs. Il ne s’excuse pas mais il vous invite à entrer visiter son havre de paix. Cette seconde donne vous a déjà épuisé mais vous vous êtes déplacé, alors allez-y. Un jeune homme vous fait rentrer. Il est poli, ni plus ni moins. Vous remarquez un deuxième personnage, assis devant sa console de jeux, en pleine guerre virtuelle. Il ne daigne ni se retourner vers vous ni vous saluer donc. Vous avez envie de lui faire la remarque mais vous ne le ferez pas. N’entrez pas dans son pathétique jeu. Continuez d’abord à observer. Le premier annonceur vous fait faire le tour du colocataire. L’appartement est assez agréable. Votre guide se stabilise ensuite devant une porte et vous apprend qu’il ne sait pas si le troisième colocataire est dans sa chambre ou pas. Vous trouvez ça bizarre. Vous allez comprendre plus tard et en plus que les trois sous le même toit ne partagent qu’exceptionnellement leur repas. Sortez alors rapidement de cette colocation individualiste et triste. Respirez un bon coup. L’autre partie solliciteuse a perdu tous ses crédits auprès de vous. Donc, pour vous, tout n’est pas perdu. Rassurez votre volonté, votre sélection n’est pas achevée. Et, « Trouver chaussure à son pied n’a jamais été aisé pour personne », comme diraient vos adolescentes mémés Georgette et Henriette. 

Votre troisième partie se déroule aux Mardis de la colocation, nouvelle institution tendance qui a lieu, chaque mardi de la semaine, dans un bar où offreurs et demandeurs de colocation se donnent rendez-vous. Vous ne vouliez pas passer par cette alternative mais toutes les audiences de votre liste se sont soldées par un cuisant échec. Game over. Vous vous êtes donc replié par défaut, malgré vos grands principes, sur ce choix. Cinq euros d’entrée et deux demis plus tard, vous observez, de côté, les lois du jeu du marché en pleine action, offre et demande se côtoyant sous vos yeux ahuris. Les tactiques de manoeuvre pour écraser les concurrents prétendants demandeurs et le prestige détenu par les offreurs, sorte d’aristocratiques des temps modernes, vous insupportent. Vous ne vous sentez pas de jouer le jeu. Vous avez envie de mettre fin à cette partie. Attention, restez motivé. On ne sait jamais. Vous aviez raison d’attendre. « Patience est amère, mais son fruit est doux », comme diraient vos mûres mémés Henriette et Georgette. Un couple colocatien composé d’une jeune femme distinguée et d’un jeune homme jovial viennent comme par miracle jusqu’à vous qui êtes toujours accoudé au zinc. Ils engagent la conversation avec vous. Vous la poursuivez. Et, quelques bières après, ils décident de vous élire troisième colocataire de leur année. De votre côté, vous avez accroché aussi. Jeu du hasard, vous apprendrez plus tard qu’ils sont uniquement venus frapper à votre porte car vous aviez mis, ce jour-là, vos boucles d’oreille fantaisie orange jaune et marron et que la jeune fille vous avez, du coup, trouvé l’air sympathique. Comme quoi, tout ce jeu ne tient finalement qu’à un fil. 

Vous êtes enfin parvenu au niveau quatre du jeu et vous avez donc changé de monde. Maintenant, vous habitez en colocation avec deux inconnus. Elle s’appelle Sybil. Il s’appelle Pierre-Henri, ou plutôt PH (mais il est loin d’être neutre, lui !). Vous ne connaissez pratiquement rien d’eux, sauf leurs papiers d’identité, leur curriculum vitae et le fait qu’ils soient venus spontanément vous trouver et, bien sûr, que vous allez partager ensemble un 87 mètres carré dans le 19ème arrondissement. Oui, vous avez atteint le deuxième monde du jeu, il est donc normal que les choses se compliquent proportionnellement à votre réussite : vous allez dorénavant devoir apprendre les règles du jeu pour vivre ensemble dans la joie et la bonne humeur, dans la douleur et la mauvaise entente. Bref, vous allez devoir vivre ensemble pour le meilleur et pour le pire. Alléluia ! Vous êtes parvenu jusqu’au jeu décisif. 

Cela fait un mois que vous colocatez ensemble tous les trois. Après la facile phase ludique de travaux intensifs et jouissifs pour faire vôtre votre nouvelle maison, entre peintures, parquetage cliquage et remue-ménage, vous avez décidé ensemble de pendre la crémaillère. C’est l’occasion de réunir chacun de vos amis à tous trois et de découvrir, par la même occasion, le cercle social de vos deux nouveaux compères colocataires. Mais comprenez que cela sera surtout l’évènement fondateur. Vous allez découvrir par vous-même le comportement de vos deux nouveaux comparses en état de festivité et d’ébriété. Sachez-le, vous allez apprendre davantage de choses, ce soir-là, sur eux, dans ces conditions-là, qu’à la lecture de leurs papiers d’identité et de leur curriculum vitae. 

Il est à peu près 22 heures. La foule commence à se presser. En effet, si l’on se place sur une base d’environ 25 invités par colocataire, le tout donc multiplié par trois, l’invasion est réelle. Apprenez de plus que lorsqu’on pend une belle crémière, le téléphone arabe, parisien et banlieusard se mettant rapidement en branle, c’est tout un monde inconnu qui vient aussi frapper à votre porte compte triple. Les invasions barbares donc. Comptabilisez mais ne commencez surtout pas à paniquer. Vous aviez prévu une sangria géante, marinant dans son jus depuis la veille au soir ; des gourmandises salées et généreuses pour le cholestérol ; des bières et de la musique à profusion. Tout va bien. Détendez-vous, ce sont les aléas non gérables de toute réunion amicale. La foule commence donc à se presser. N’oubliez évidemment pas de prévenir vos nouveaux voisins pour la future gêne nocturne occasionnée. Expliquez-leur poliment la situation avec un mot scotché dans l’ascenseur commun et concluez en les invitant à passer, si « le cœur, la bouche, les oreilles et les pieds leur en disent » comme diraient vos comiques mémés Georgette et Henriette. Attention, cette dernière consigne est particulièrement importante : une délicate attention de la sorte vous épargnera d’entamer sur un mauvais pied des relations de bon voisinage. 

Vous êtes maintenant complètement opérationnel. La foule se presse, tout comme les citrons des cocktails qui passent de main en main. Votre salon s’est transformé en dancefloor géant. Oui, votre salon. Tout juste parqueté au plus bas prix, il est aussi parallèlement en train, sous vos yeux ébahis, de se transformer en piscine géante, les breuvages circulant joyeusement de main en main. Respirez. Tout va pour le mieux. « La mayonnaise prend bien », comme diraient vos philosophes mémés Henriette et Georgette. Vous êtes ravi. Vous pendez la crémière. Vous êtes pompette. Vos deux joyeux collègues aussi. Vous commencez tous à être vous-même, l’alcool et la musique aidant. Jour de fête. 

La soirée, votre sonnette, le bar et votre parquet battent leur plein. Les cœurs et le rythme battent la mesure de même. Nuit de fête. Attention, restez vigilant tout de même. C’est un conseil expérimenté. Essayez de garder quelques uns de vos neurones connectés. C’est une nuit de fête certes, mais chez vous, c’est-à-dire dans votre nouvelle maison collective. Vous êtes par conséquent tenu d’être responsable. Tout cela n’est pas qu’un jeu d’attrape-nigauds. 

Vous êtes pompette. Vos deux colocataires également mais pas de la même manière, chacun à leur façon singulière. Surtout ne paniquez pas. Ce n’est pas parce que vous apprenez par une de vos amies que PH a organisé une partie de jambes en l’air à plusieurs dans votre salle de bains collective qu’il faut hyperventiller… enfin pas tout de suite. Restez calme. Vous n’avez pas les mêmes mœurs que votre collègue PH, c’est tout. Et, comme diraient vos yéyé mémés Georgette et Henriette, « Qui ne sait partager ses vices ferait mieux de s’en abstenir ». Vous paniquez tout de même car, à l’instant, soit à une heure du matin, vient sonner à votre porte un couple de voisins autour de la quarantaine. Vous ne les attendiez plus ceux-là ! Ce n’est pas du jeu ! Vous paniquez. Ils voudraient faire un tour du colocataire. Que faire ? Vous essayez de réfléchir rapidement mais vous êtes pompette et votre colocatrice Sybil encore plus, deux petites sangrias et puis s’en va. Vous êtes seul et gris face à une situation absconse à la Mac Gyver. Problème : vous n’avez jamais eu le mental d’un Mac Gyver, alors aviné n’en parlons pas. Vous êtes cuit. Vos voisins attendent. Les jeux sont faits ! Rien ne va plus ! Ils commencent à vous regarder bizarrement. Vous tentez le tout pour le tout : la tactique du cordon sanitaire. Vous les parachutez directement de la case entrée à la case terrasse, ainsi vous n’êtes pas obligé de les faire passer devant la case salle de bains. Il fait bon dehors, c’est l’hivers. Il doit faire à peu près moins 5 degrés. Qu’importe, ça ravigote ! Vous leur fourguez dans les mains deux verres de cubi rouge infâme pour les occuper (il ne reste plus que de la piquette. Les invasions barbares sont passées et n’ont rien laissé survivre sur leur passage. Razzia complète), avant de les abandonner à un de vos rares amis non totalement éméchés, pendant que vous partez à l’arrière front constater, de vos propres yeux, le carnage collectif dans la salle de bains. Vous n’y croyez toujours pas en fait. Vous vous en remettez vite à l’évidence. Vous n’avez pas les mêmes mœurs que PH et ses compagnons de jeu. Dans le couloir, devant la porte fermée à clef de la salle de jeu et d’eau, certains de vos amis sont scandalisés, d’autres sont ivres de rire face à cette pratique collective singulière. Ne paniquez pas. Remarquez juste, face à la porte, le blondinet qui tape dessus, qui s’agite devant et qui crie par-dessus. Vous êtes pompette. Concentrez-vous pour bien comprendre ce qu’il braille. Oui, vous avez bien entendu, même si vous êtes cuit. 
-- Allez, laissez-moi entrer ! C’est dégueulasse ! C’est pas juste ! Moi, aussi, je veux rentrer !  
Non, vous n’êtes pas en proie à des hallucinations qui seraient dues à votre élevé taux de griserie et de vie. Ne paniquez pas. Tout ça n’est qu’un jeu. Rassuré, vous retournez auprès de vos voisins, sûrement congelés sur le balcon à l’heure actuelle. Vous réalisez qu’ils se sont enfuis entre-temps. Ne paniquez pas. « Qui part à la chasse perd sa place », comme diraient vos guerrières mémés Henriette et Georgette. Vous avez besoin d’un petit remontant après toutes ces émotions inédites. Plus de sangria, plus de bières, plus rien. Même plus de piquette. Les invasions barbares. Vous vous repliez sur une bonne cigarette et un verre anonyme abandonné alors qu’encore rempli à moitié. Vous êtes dans un état second. Vous regardez autour de vous : le salon est devenu une véritable patinoire sur laquelle glisse encore une joyeuse confrérie dégrossie dont la reine fatale, swinguante et délirante est Sybil. Vous écrasez votre mégot et rejoignez la compagnie. Jour de fête. 

Il est midi passé. Vous émergez en même temps que votre compagnon du moment qui revient souvent dans votre lit ces temps-ci : la barre de fer de tête du lendemain de fête. D’abord détendez-vous bien, car vous allez bientôt prendre réellement conscience de l’ampleur du chantier laissé la veille par les barbares. « Plus la lune brille, plus le matin aboie », comme diraient vos délicieuses mémés Georgette et Henriette. Votre colocataire PH est déjà en tenue de combat, balai et pelle en mains. Attention, il est armé, soyez par conséquent sur vos gardes. Vous découvrez alors une autre de ses manies : PH est hautement maniaque. Ne paniquez pas, surtout. Vous n’avez pas les mêmes moeurs, c’est tout. Vous le saviez déjà depuis hier soir alors ne faites pas l’étonné. Certes, c’est un grand malade mais pas de son point de vue à lui. Petit-déjeunez tranquillement sans vous laissez culpabiliser par ses regards insistants sur les miettes que vous faites tomber involontairement et revêtez ensuite votre tenue de ménagère de moins de cinquante ans. Vous sentez qu’il vous reproche déjà d’avoir fait seul le plus gros du travail d’homme de ménage. Ne vous découragez pas. Vous n’avez pas besoin du même nombre d’heures de sommeil pour récupérer. C’est comme ça. Vous ne pouvez rien y faire. Vous n’avez pas triché. Sybil non plus d’ailleurs. Elle se réveille vers trois heures de l’après-midi. La maison est redevenue maison entre temps. Vous sentez que vous lui reprochez d’avoir fait seul le plus gros du travail de ménage. Vous sentez que vous lui lancez des regards assassins. Ne vous découragez pas. Vous n’êtes pas parfait. Vous n’êtes qu’un Homme. Un Homme en train de découvrir les joies de la vie en colocation. Pour le meilleur et pour le pire !

Six mois se sont écoulés entre meilleur et pire. Vous vous connaissez désormais un peu mieux tous les trois. Vous délimitez maintenant les zones d’ombre et de lumière de chacun de vos deux autres colocataires. Vous avez donc décidé d’un comme un accord de fêter votre passage au second niveau du monde deux. C’est votre anniversaire de colocation. Pour l’occasion, vous avez choisi tous trois de pendre l’Eglise et la Fornication. Enfin, soyez honnête, c’est principalement votre collègue PH qui en a trouvé l’idée provocatrice, elle-même pompée à partir de celle d’une de vos connaissances maintenant communes. Il a ensuite tenté de vous la vendre mais vous n’êtes pas complètement entré dans son jeu. Bravo, vous avez réussi à rester maître du jeu vous aussi. Car, attention, ne vous laissez jamais complètement imposer la thématique déguisée d’une fête. Conseil numéro 96 : vous devez toujours négocier. C’est le jeu de la démocratie. Vous avez chacun droit à votre temps de parole. Prenez-le, car « N’attends pas des autres qu’il te serve ta dorée liberté sur un plateau argenté » comme diraient vos coriaces mémés d’affaires Henriette et Georgette. Vous débattez donc tous trois de la formule et de ses enjeux ludiques. Chacun, vous avez un camp et un objectif bien tranchés. Ne paniquez pas. Prenez le temps de négocier ensemble. Prenez le temps. N’oubliez pas, c’est important de bien posséder son temps. Ecoutez bien les autres. Ne soyez pas buté et arrêté sur vos seules idées et volontés. N’oubliez pas que vos éclairées mémés Georgette et Henriette vous ont lu Voltaire quand vous étiez petit : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous ayez le droit de le dire ». Ecoutez donc bien la consigne de votre problème qui n’est pas insoluble. PH, lui, voudrait intituler la soirée « prêtres contre proxi-putes ». Il se dit que les filles auront beaucoup plus de difficultés à trouver un costume de nonne que de péripatéticienne. Et il a raison car, en toute logique, il est beaucoup plus aisé de se dévêtir que de revêtir un habit de lumière. Il compte donc sur ce fait clairement établi pour pouvoir s’en mettre plein les mirettes à la fête. Sybil, elle, grande militante féministe, trouve le thème particulièrement déshonorant pour ses consoeurs et d’une vulgarité sans nom pour la noble race humaine. Elle est clairement contre. Elle, elle voudrait plutôt une thématique déguisée en technicolor ou en noir et blanc. Vous, vous trouvez l’idée de la pendaison de l’Eglise et de la Fornication à creuser. Votre argument est que ce carnaval peut être autant affligeant qu’alléchant. Affligeant si seuls les mâles sont du côté de l’Eglise en habits de lumière et si seules les femelles sont du côté de la Fornication en habits de trottoir. Et vous sentez bien que PH s’oriente dans ce sens. Comme diraient vos avisées mémés Henriette et Georgette, « Faut pas pousser mémé dans les orties quand même ! ». Par contre, le jeu peut en valoir la chandelle si les hommes peuvent aussi revêtir leurs habits de péripatéticien et si les femmes peuvent enfiler leurs habits de nonne ou de proxénète. Vous débattez tous trois. C’est compliqué. « Il est plus difficile d'accorder les philosophes que les horloges », comme diraient vos futées mémés Henriette et Georgette. Surtout, échangez. Ca y est, vous avez réussi à vous mettre d’accord. Jackpot ! Vous commencez tous à bien comprendre les règles du jeu de société et à gagner des points ensemble. Le carton d’invitation sera donc intitulé « Femmes et hommes de religion contre garçons et filles de joie ». Bravo, vous avez bien cerné toutes les données du problème en plus, un des pièges sadiquement cachés étant que Dieu peut aussi se décliner selon différentes versions et pas seulement selon la catholique. Sybil, elle, choisira le thème coloré de la prochaine fête. Vous êtes content. A trois, vous avez réussi à faire bouger les choses. Comme diraient vos techniciennes mémés Georgette et Henriette, « C'est au pied du mur qu'on voit le maçon ».

Ce soir, c’est le grand soir. Vous avez tout préparé, surtout vos costumes. Votre colocataire PH, qui aime faire les choses bien et toujours en grand si possible, a loué des tenues d’époque pour l’équipe de la colocation : deux costumes de Marie-Madeleine et un costume de cardinal Lustiger. Revêtez votre étoffe. C’est le grand soir : anges et démons vont débarquer. Rappelez-vous bien ce que vous avez appris lors de la pendaison de la crémaillère. N’oubliez pas de conserver une partie de vos neurones connectés. Gardez toujours en tête qu’une bonne mémoire est salutaire sur les trottoirs terriens. Certes, « Après la panse vient la danse », mais aussi « Trop boire noie la mémoire », comme diraient vos pédagogues mémés Henriette et Georgette. Votre maison close de Dieu et de jeu est en train de se remplir une nouvelle fois de convives de tous bords religieux et sexuels. Entre les muezzins, les péripatéticiens, les nonnes, les poules de luxe, les pasteurs, les proxénètes, les imams, les saintes, les popes, les hommes de joie, les sages hindous, les orthodoxes, les filles de mauvaise vie, les rabbins, les travestis, les lamas, les coqs de haute-cour et les bonnes sœurs, vous trouvez cette surprise partie hors des règles établies fort trépidante. Vous êtes devenue une joueuse de joie ! Bravo ! Malencontreusement, vous perdez du même coup la totalité de vos crédits durement gagnés en amour : vous venez de vous faire larguer. « Heureux au jeu, malheureux en amour », comme diraient vos ludiques mémés Georgette et Henriette. Mais ce sont les règles du jeu, vous n’aviez qu’à bien les lire avant d’entamer la partie. Ne vous en prenez donc qu’à vous-même. La soirée bat son plein, le monde de la Vertu et le monde du Vice entrant en sainte communion grâce à une musique d’enfer. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. PH s’est abstenu d’inaugurer à nouveau la salle d’eau et Sybil a promis de s’occuper des voisins, si voisins il y a. Respirez et savourez. Vous êtes détendu. Vous vous sentez bien. Vous êtes tellement enjoué que votre jeu du moment est de tenir à merveille votre rôle d’hôtesse Sainte-Madeleine en accueillant vos invités à la porte. Une nouvelle sonnerie ! C’est à votre tour de jouer : vous allez directement à la case entrée. Vous ouvrez la bobinette et la chevillette suivra. Vous êtes face à un jeune homme revêtu de l’habit traditionnel juif des pieds jusqu’au bout du chapeau. Rien ne manque. Il est parfait, son déguisement ! Il est deux heures du matin. Vous êtes joueuse de joie et pompette comme il se doit. Vous êtes Marie-Madeleine qui a enfilé son costume de nonne fort sexy et vous vous êtes de plus entiché d’une perruque rouge coupée au carré et de bas résille. Il est parfait, votre accoutrement ! Vous ne comprenez absolument rien à ce que le rabbin vous raconte sur le pas de la porte mais vous le priez religieusement d’entrer fraterniser avec l’assistance, en ponctuant votre invitation toutes les deux secondes par un gris et hoqueteux  « Il est vraiment génial, votre déguisement ! ». Vous êtes cuit. Vous venez de comprendre. Vous retombez d’un coup de vos nuages à la terre en perdant votre auréole. Chute vertigineuse de 40 points : votre rabbin est en réalité votre voisin qui s’est déplacé jusqu’à votre pallier au petit matin pour vous demander de baisser le volume de la musique. « Doux Jésus ! », comme diraient vos satanées mémés Henriette et Georgette, « Il faut toujours tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler ». Vous n’avez rien vu venir, vous, mais votre voisin a du, lui, vous voir arriver de loin dans votre accoutrement ! A ce niveau du jeu, vous avez battu tous les records de voisinage à venir : la dévergondée du premier étage blasphémant et la religion catholique et la religion juive ! Vous commencez à vous sentir mal. Vous avez recouvert tous vos esprits d’un coup. Votre tête va être mise à prix ! Vous commencez à vous sentir défaillir. Vous vous excusez auprès de votre voisin juif qui rit (mais vous ne voyez pas bien s’il est jaune ou non), et fermez la porte contre laquelle vous vous écroulez. Vous avez oublié l’enjeu de garder une bonne mémoire sans trop boire et vous avez donc omis ce détail de taille que votre voisinage dans la résidence est composé à 70% de familles traditionnelles sémites. Vous perdez des points ! Heureusement, vous réalisez aussi d’un coup la drôlerie du quiproquo : vous êtes en proie à un gigantesque fou rire compulsif explosif ! Bravo, vous ne vous laissez pas démonter par votre mise en péril. Vous regagnez quelques points. Rien de mortel n’est en jeu. La sonnette retentit à nouveau. Vous vous calmez et vous vous attendez au pire. Vous avez raison ! Une adversaire redoutable se trouve de l’autre côté de la porte : c’est une dame âgée qui n’habite ni votre immeuble ni un immeuble jouxtant mais encore un plus loin. Elle se plaint du bruit auprès de vous en lançant les hostilités et en montrant les dents comme si vous étiez une vulgaire catin, alors que Jésus vous a honorée tout de même ! Vous ne comprenez pas. Elle ne peut pas être dérangée par le bruit : elle habite trop loin. Vous avez saisi : elle n’est pas dérangée par le bruit, elle est dérangée tout court ! Elle ne veut pas que des personnes jeunes lui rappellent sa vieillesse et qu’elle s’ennuie à mourir. Vous commencez à maîtriser le jeu ! Bravo ! Vous ne vous laissez pas insulter sans renvoyer poliment et calmement la balle à votre acariâtre voisine. Echaudée, cette dernière vous lance un défi belliqueux : 
-- Maintenant, c’est la guerre ! Je vous préviens, c’est la guerre ! Vous n’organiserez plus jamais de fête ! C’est la guerre !

Calmez-vous. Sachez faire force de self contrôle. Calmez-vous. Dites-vous que vos averties mémés Georgette et Henriette, vous ont appris des tas de choses qui peuvent à cette étape du jeu vous servir. Par exemple, même si vous savez que « Plus le singe s'élève, plus il montre son cul pelé », sachez aussi vous mettre à la place de votre adversaire : « Méchanceté porte sa peine ».  Rappelez-vous aussi les récits de vos historiques mémés Henriette et Georgette sur l’occupation et la délation pendant la Seconde Guerre mondiale. Voilà, faites le point. Vous vous sentez d’attaque. Armez.
-- Chère madame, vous qui avez sans doute connu l’occupation allemande vu votre grand âge, vous ne savez donc pas que la guerre, c’est un très vilain mot, enfin ! Vous l’avez oubliée cette guerre ou alors peut-être que c’était le bon temps pour vous qui faisiez partie de ces gentils français délateurs ? Vous avez peut-être choisi d’habiter le quartier comme alibi au cas où la justice vous mettrait la main dessus ? 
-- Sale petite pute ! Je vous préviens, c’est la guerre ! C’est la guerre ! Vous l’aurez voulue ! Demain, je préviens le syndic ! 
-- C’est ça, mère-grand, vous la ferez toute seule votre guerre ! Et pour le syndic, si vous avez du temps à perdre, c’est vous que ça regarde ! 
Vous fermez la porte. C’est une première dans votre jeu : vous ne savez pas si vous pleurez de joie ou de colère. En tous cas, vous avez su gérer à peu près la situation sans être frustré par un acte manqué. Vous progressez, même si vous ne saurez jamais vous-même si vous auriez été du côté des bons ou des méchants pendant la sale guerre. Vous essuyez vos yeux et vous allez vous chercher un petit remontant. Vous regardez autour de vous. Jour de fête.

Votre réveil sonne. Vous vous étiez mis d’accord avec vos deux compères colocataires sur une heure commune pour nettoyer ensemble les débordements de la veille. La partie est bien engagée. Dans la semaine qui suit les festivités, les hostilités ont bien été lancées. Vous avez reçu une lettre du syndicat de co-propriété de la résidence. Vous avez perdu un peu de crédit auprès de l’organisation mais ce n’est rien par rapport à la perte de crédit de votre voisine, tous trois êtes d’accords sur ce point. PH, par contre, veut rattraper son coup auprès de sa sphère sociale locale. Il décide d’acheter la concierge de votre immeuble en la gavant de foie gras et de bouteilles de vin qu’il peut acquérir à très bon prix. Sybil, elle, ne voit pas son intérêt à pareille tactique. La concierge est loin d’être son centre de préoccupation. Vous, ce sont vos petits voisins à peine âgés de plus de dix ans qui vous posent question quand vous les rencontrez dans le couloir.
--  Bonjour, les enfants. 
Silence et regards braqués. Puis.
-- Bonjour… C’est vous, la voisine du premier étage qui s’habille comme une pute ? 
Six mois ont coulé, de même que l’eau sous les fenêtres de vos voisins. Les choses se sont tassées. Vous êtes toujours en colocation. Vous êtes aussi toujours célibataire mais plus vos deux comparses. La partie se corse. Vous ne jouez plus à trois mais à cinq dorénavant, ou plutôt à trente-cinq vu le carnet de chasse de votre ami PH. Vous écopez d’un quatrième colocataire : Rodriguo, un latin chaud lapin dont s’est entichée la belle Sybil. Vous êtes quatre dorénavant. Il a beau jeu de débarquez en cours de jeu ! Ce n’était pas stipulé dans les règles du contrat selon vous. Mais, peut-être, n’avez-vous pas eu tout simplement le courage de lire le codicille tapé en lettres microscopiques de l’alinéa 14 du point 35 du grand 4 chapitre 12. Vous auriez du ! Trop tard ! Vous êtes quatre. La famille s’est agrandie et vous ne pouvez vous y opposer sans jouer le rôle de colocataire célibataire aigri. Et vous n’aimez pas ce rôle. Tanpis pour vous, vous devrez adapter votre stratégie la nuit : adoptez alors rapidement l’usage des boules quiès lors de la saison des amours qui, malheureusement pour vous, dure fort longtemps sous les étoiles latines. Car, en période de rute, vous découvrirez bientôt que deux tourtereaux normaux peuvent vite se transformer en deux pigeons mutants qui roucoulent fort bruyamment sous vos fenêtres. Restez calme. Pensez seulement boule quiès. Et, comme diraient vos sensées mémés Georgette et Henriette, « Bien faire et laisser braire ». Restez serein et relativisez. Pensez seulement boule quiès, même si vous êtes seul, vous, dans votre grand lit froid, sans bouillotte bestiale mugissante de plaisir. Et, rappelez-vous ce que vous ont appris vos globe trotteuses mémés Henriette et Georgette, après leur voyage en Chine : « J'étais furieux de n'avoir pas de souliers ; alors j'ai rencontré un homme qui n'avait pas de pieds, et je me suis trouvé content de mon sort ». Vous en êtes là de vos réflexions sur les cors solitaires de vos pieds, quand en sortant de votre chambre, ce matin, vous tombez nez à nez avec une blonde à forte poitrine et à petite tenue dans votre cuisine. Elle vient d’achever votre pot de Nutella. Trop, c’est trop ! Vous avez envie de dire « Stop ! ». Vous avez envie de taper dans le tas ! Mais vous ne le ferez pas. Vous n’avez pas été aussi loin dans le jeu pour lâcher prise maintenant. Et, « Jeu de main, jeux de vilain » doublé d’un « Qui quitte la partie la perd », comme diraient vos joueuses mémés Georgette et Henriette. Soit, vous n’abandonnerez pas. Mais vous n’en pouvez plus de la tripotée de greluches que PH ramène à la maison et qui éclatent systématiquement vos provisions durement acquises, car vous détestez faire les courses. Vous n’en pouvez plus de Virginie, Sophie, Pamela, Judith, Hélène, Véronica et les autres qui vous rappellent systématiquement et sadiquement que, vous, vous ne portez que du 85A. Argh ! « Celui qui cherche la paix doit être sourd, aveugle et muet », vous le savez bien, ce sont encore vos expérimentées mémés Henriette et Georgette qui vous l’ont soufflé. Et, vous le savez bien aussi, enfin, vous n’êtes ni sourd ni aveugle ni muet, malheureusement. Alors, ouvrez-là. Criez un bon coup et qu’on n’en parle plus ! Ca y est, vous vous sentez déjà mieux ! Et tant mieux si vous gaffez devant elles en confondant leurs prénoms et que la stratégie millénariste de PH en pâtit ! C’est sa vie, pas la vôtre ! Qu’il se débrouille avec toutes ses nouilles ! Et tanpis si, pour lui, vous mettez de l’huile sur le feu ! 
En parlant d’huile d’ailleurs, vous avez gagné un bonus. Vous n’aviez plus d’huile en réserve. Oui, vous détestez faire les courses. Et, en fine tactiqueuse et bonne voisine que vous êtes devenues, vous avez été habilement sonné chez vos voisins de palier. « Une fois n'est pas coutume », comme diraient vos dévotes mémés Georgette et Henriette, vous pénétrez en plein jour de cérémonie religieuse ! Vous obtenez donc la totalité de leur bouteille d’huile parce que vous avez franchi le saint seuil et touché la sainte bouteille, alors que vous êtes impure, vous.  C’est pour ça, ils ne peuvent plus la récupérer. Il y a eu sacrilège. Vous êtes chanceuse ! Vous aimez bien vos voisins tellement juifs. 
Depuis la ligne de départ, vous avez gagné beaucoup de bons points grâce à cette colocation, en plus de votre huile de ricin et à côté des petits tracas crises de nervien de tout quotidien. Les dés ont été jetés ! Vous aimez ! Vos deux compères ont plié bagages pour de nouvelles aventures, une de couple et une à l’étranger. Vous êtes triste. Ne croyez pas qu’eux ne le soient pas, même s’ils ont décidé d’entamer une nouvelle partie dont vous ne faites plus partie. Ils n’oublieront sans doute pas votre jeu comme vous n’oublierez sans aucun doute pas les leurs. 
Vous qui aviez peur de tenter l’aventure à l’étranger, vous venez en fait d’affronter une partie beaucoup plus serrée : l’aventure colocation à la française. Car les autres ne sont rien de plus, rien de moins que de nouvelles contrées à rencontrer. Il y a des coins chez eux que vous préférez à d’autres. Il y a des langues chez eux qui vous semblent plus compréhensibles que d’autres. Il y a des paysages et des visages que vous touchez des yeux mieux que d’autres. Mais les photographies du voyage seront toujours bien au chaud dans votre cœur. Votre colocation ici est peut-être au final un voyage extrêmement plus lointain et plus éprouvant qu’une location là-bas. Car vous ne pourrez pas, dans ce pays-là, vous cacher derrière l’excuse de la langue et des mœurs pour ne pas vous comprendre. Vous ne pourrez pas, dans ce pays-là, vous cacher derrière l’excuse de l’exotisme et de l’Ailleurs pour oublier le mortel quotidien de l’Ici. Vous vous êtes pris au jeu. Vous avez envie de le faire partager. Jackpot !


" Les hommes ne vivraient pas 
longtemps en société, 
s'ils n'étaient les dupes 
les uns les autres » 
La Rochefoucauld


" La prospérité découvre nos vices 
et l'adversité nos vertus "
Francis Bacon



" Vaincre la colère, 
c'est triompher de son plus grand ennemi "
Publilius Syrus


« Si Dieu nous a faits à son image, 
nous lui avons bien rendu »
Voltaire]]></description>
        <pubDate>Thu, 26 Jun 2008 15:39:47 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">4d25ef1fc385e9cff73fe79d01abd6db</guid>
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      <item>
        <title><![CDATA[Commentaire de thérèse]]></title>
        <link>http://archibaldaki.over-blog.com/article-19898078-6.html#comment28307422</link>        <description><![CDATA[Menstrues-eux


-- Comment s’est passée ta journée, biquette ? 

La voix que vous entendez là, c’est celle de mon homme, Michel, le seul avec lequel je suis et ne serai jamais mariée. Cela fera d’ailleurs 36 ans le 17 de ce mois. Michel, lui, rentre toujours de son travail avant moi, à 18 heures 25 pétantes. Il a toujours été ouvrier chez Peugeot comme l’était son père et comme le sont ses frères. Après avoir pris son habituelle douche et s’être installé dans une tenue plus confortable et moins bleue que celle de sa besogne, il se loge, toujours à la même place, et, toujours à 19 heures sans faute, devant le petit écran, dans notre canapé en velours vert bronze que nous avons acheté l’an passé à moitié prix. Devant lui sont immanquablement posés, sur la table basse, son pastis et mon porto qu’il nous prépare cérémonieusement chaque soir. Cela fera 36 ans le 17 de ce mois que nous partageons ce moment d’abandon et de tranquillité à nous, entre nous, loin de la fureur du monde. Nous avons goûté cet instant dans trois canapés différents successifs. Et, immanquablement, à chaque déclin du jour, depuis 36 ans le 17 de ce mois, il me questionne sur ma journée à l’hôpital. Je suis infirmière dans le plus grand hôpital de Sochaux. Et, à chaque levée de la nuit, depuis 36 ans le 17 de ce mois, je lui demande, à mon tour, comment s’est passée sa journée à l’usine, après lui avoir répondu. 

Mais, ce soir, c’est la première fois en bientôt 36 ans que je n’ai pas la force de lui répondre et, pire, que je vais lui mentir, lui dire que tout a été tranquille.

-- Oh rien de particulier, tu sais. Un lundi comme tous les lundis, mon canard. Le docteur Lassalle a encore été insupportable avec tout le personnel. On a été surchargé en début d’après-midi : deux césariennes et trois prématurés en même temps. Une mauvaise nouvelle a été annoncée à la patiente hospitalisée depuis deux jours dont je t’avais parlé. C’est malheureusement tombé : c’est bien un cancer de l’utérus comme on le craignait… Oh la routine, biquet, la routine… Et, toi, mon gros loup ? Au fait, je nous ai ramené deux entrecôtes bien tendres pour ce soir, tu es content ?  

Non, ce soir, c’est la première fois en bientôt 36 ans que je ne peux pas, que j’ai besoin d’oublier ce que j’ai vu, que j’ai besoin de légèreté, que j’ai besoin d’oublier la misère de ce monde. Non, pas ce soir, je ne veux pas ! Laissez-moi boire mon porto tranquille devant les informations régionales ! Mon coeur, ne m’en veux pas, mais je n’ai pas envie de partager ça avec toi. Tu es loin d’être un homme bête, mais, crois-moi, cette journée te dépasserait comme elle m’a dépassée… 

Tout a commencé déjà beaucoup plus tôt qu’à l’accoutumée. Beaucoup trop tôt…  

Elle a débarqué tel un dik dik blessé par une mâchoire d’acier. Il était 7 heures 15 du matin. Je suis affirmative parce que je venais juste de finir mon café du matin avec Patricia, ma collègue du soir. 

La petite bête était toute perdue. 
-- Je vais mourir ! Je vais mourir ! Aidez-moi, s’il vous plaît ! Je saigne ! Je saigne beaucoup ! Ca n’arrête pas depuis cette nuit ! Aidez-moi ! Je veux pas mourir ! 
Elle hurlait à la mort.

J’accours de la salle de pause. Le docteur Lasalle est introuvable. 
-- Calme-toi, mon petit. Je suis infirmière. Je m’appelle Marinette. Qu’est-ce qui t’arrive ? Dis-moi.
-- Je saigne, je saigne ! Ca n’arrête pas de saigner depuis cette nuit. J’ai peur. Je suis pas allée à l’école. Je me suis sauvée. J’ai très mal au ventre ! Au gros bloc, là-bas, ils m’ont dit de venir ici, aux urgences ganécoligiques. Je sais pas ce que c’est, moi ! J’ai peur ! Je veux pas mourir ! 
Elle hurle, elle pleure, elle souffre.
-- Calme-toi, mon petit. Ca va aller. On va s’occuper de toi. Où est-ce que tu saignes ?
 Bon, s’ils nous l’ont envoyée comme ça, c’est que ce n’est pas bien grave. Alors qu’est-ce qu’elle a, la mignonne ?
-- Je saigne entre les jambes.
Elle pleure.

2007 ! Nous sommes en 2007 et en France ! Mazette ! Et ça arrive encore des choses pareilles ! Ce n’est pas croyable ! Non, ce n’est pas croyable des choses comme ça ! Ca me met hors de moi ! Elle a cru qu’elle allait mourir, la gamine. Personne ne lui parle donc à cette gamine ! Ce n’est pas possible des choses pareilles. Ce n’est pas pensable ! 2007 ! Vous vous rendez compte ! C’est monstreux ! Monstrueux de laisser, comme ça, des enfants dans l’ignorance !

-- Ce n’est pas grave, ma bichette. Ne t’inquiètes pas. Tu ne vas pas mourir. C’est normal. Je vais t’expliquer, tu vas voir. Ne t’inquiètes pas, ce n’est rien. Tu vas comprendre. Je vais m’occuper de toi. Mais, d’abord, comment est-ce que tu t’appelles, ma bichette ? 
-- C’est vrai ? Je vais pas mourir ? Vous êtes sûre parce que je saigne, je saigne beaucoup. Et, puis, j’ai mal. Vraiment mal, madame. 
Elle continue de pleurer. Elle se tord le ventre. Elle a mal. Elle a peur.
-- Oui, je suis sûre. C’est mon métier, tu sais. Et puis, tu n’es pas n’importe où ici. Tu es à l’hôpital. On va s’occuper de toi, ne t’inquiètes pas. C’est quoi ton prénom, ma puce ? 
-- Yougoudou, madame. 
Elle pleure.
-- Alors, écoutes-moi, Yougoudou. Tu vas venir avec moi. Je vais t’examiner et t’expliquer pourquoi tu saignes, d’accord ? 
-- Oui, madame. Mais, alors, vous êtes sûre, je vais pas mourir, alors ? 
Elle pleure.
-- Non, Yougoudou, tu ne vas pas mourir. J’en suis sûre, rassure-toi. Tu es venue toute seule ? 
-- Oui. Papa et mama partent au travail très tôt dans le matin. Je leur ai rien dit. J’avais peur de les inquiéter. C’est moi qui m’occupe de mes petits frères et soeurs, et quand je suis malade, ça va pas. Parce qu’y a plus personne pour s’occuper d’eux à la maison.  
Elle pleure.
-- Quel âge as-tu, Yougoudou ? 
-- J’ai douze ans trois quarts, madame. 
Elle pleure.
-- Donne-moi la main, Yougoudou. On y va. N’aies pas peur surtout. Je vais t’expliquer. Tu vas comprendre. Tu es une grande fille, maintenant.


Et puis, ça a continué. De mal en pis… 

Elle a surgi dans la salle d’attente pareille à une gazelle pourchassée par une meute de hyènes. On était un peu avant la pause du midi. La première césarienne venait juste d’être effectuée et tout s’était passée au mieux. 

Elle était hagarde, mais ses yeux semblaient décidés.
-- Je dois me faire avorter. Tout de suite ! Vous comprenez ? Il le faut ! Tout de suite ! 
Elle regardait derrière elle de temps en temps, comme si la meute allait la rattraper et lui sauter au cou.

Elle me regarde dans les yeux puis baisse les siens. Elle fixe le sol. 
-- Vous m’avez l’air fatiguée, mademoiselle… Venez, on va aller parler de tout ça tranquillement dans une salle de consultation au calme. Venez avec moi, mademoiselle.
-- Non, je ne veux pas parler. Je veux que vous le fassiez. Maintenant. Faites-le, je vous en supplie. 
Elle hurle. Elle s’effondre.
-- Ecoutez mademoiselle, c’est une décision importante, vous le savez bien. Ca ne peut pas se faire comme ça. Et puis, vous n’êtes pas dans votre état normal, là. Vous le comprenez bien… Venez avec moi. On va discuter de tout ça… Vous allez me raconter... 
Je la prends par les épaules, doucement, maternellement, amicalement. Elle se laisse guider, épuisée, et je l’amène dans la salle de consultation numéro deux qui est vide. 
-- Je suis une des infirmières du service. Je m’appelle Marinette. Et vous ? 
-- Souad. 
Elle pleure.
-- C’est un joli prénom. 
Elle pleure. Je me sens très lasse tout d’un coup. 
-- Quel âge avez-vous, Souad ? 
-- Vingt-trois ans.
-- Racontez-moi. Qu’est-ce qui se passe, Souad ? 
-- Je… Je suis enceinte de presque trois mois. Il faut que j’avorte, après je ne pourrai plus, vous comprenez. Et je ne peux pas le garder ! 
Elle pleure.
-- Vous le savez depuis quand que vous attendez un bébé ? 
-- Depuis plus d’un mois. 
Elle renifle.
-- Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour venir ici ? 
-- Pa… Parce qu’au début je voulais le garder mais, en fait, je ne peux pas ! Ce n’est pas possible. Ils vont me renier, vous comprenez !  
Elle gémit.
-- Non, je ne comprends pas tout. Qui va vous renier, Souad ? 
-- Ma… ma famille, mes parents, mes frères et sœurs ! Tout le monde !  
Elle crie.
-- Pourquoi ils feraient ça ? Ils vous aiment. Vous êtes de leur famille. Et quoi de plus beau que de l’agrandir avec un nouveau venu…  
Je commence à comprendre. C’est monstrueux.
-- Pa… Parce que, chez nous, ça ne se fait pas. C’est comme ça. Ils ne savent pas que je vois quelqu’un depuis deux ans et que je l’aime. Eux, ils s’en fichent de ça. Je dois être vierge pour mon mariage avec un homme que je ne connais même pas. 

Elle hurle. J’hurle aussi avec elle intérieurement. 2007 ! 2007 et en France ! Ce n’est pas pensable ! Ce n’est pas supportable de pareilles choses. 
-- Ils vont me renier s’ils l’apprennent. Ils vont me chasser de la maison comme une malpropre, une moins que rien, une étrangère. 
-- Vous aimez le père de votre enfant ? Vous avez confiance en lui ? Il sait pour le bébé ? 
-- Oui… Il veut qu’on le garde… 
-- Et, vous croyez que vos parents n’accepteront pas même si votre ami est sérieux ? 
-- Jamais… Mon ami n’est pas de la même confession. 
Elle soupire.
-- Bon, vous êtes en situation de choc. Vous ne pouvez pas prendre cette décision maintenant. Vous n’êtes pas en état. Est-ce que vous voulez qu’on appelle votre ami ? Je pense que ce serait bien.
-- Non, il est à son travail. Je ne veux pas le déranger.
-- Bon, Souad, on va aller voir l’assistante sociale de l’hôpital, d’accord. On va discuter ensemble toutes les trois et on va trouver une solution, vous allez voir. Soyez forte, Souad. Ca va aller. Vous n’êtes pas toute seule. 


Cette journée m’a semblé tellement longue… comme si elle ne s’arrêterait jamais. Pourtant, quand elle a fait son entrée, c’était seulement le milieu de l’après-midi. 

Elle est arrivée, la tête haute et la démarche royale, aux aguets, comme une lionne aguerrie et avertie qu’on voulait lui voler son petit. Elle a pénétré dans la salle d’attente parée comme une comtesse contemporaine et respirant l’aisance matérielle.

-- Bonjour, madame, je suis enceinte et je voudrais juste que vous me le confirmiez par analyses pour avoir les documents officiels nécessaires. 

Malgré son air distingué et son assurance innée, elle me fait une drôle d’impression. Quelque chose cloche. Une femme de ce standing social devrait avoir sa gynécologue personnelle dans un cabinet privé des beaux quartiers du centre. Quelque chose cloche.
-- Bien sûr, madame. Suivez-moi. 
Je l’emmène dans la salle de consultation numéro trois.
-- Alors, qu’est-ce qui vous fait dire que vous attendez un heureux évènement, madame ?  
Je suis intriguée par cette lionne dans la force de l’âge.
-- Cela fait deux mois que je n’ai pas eu mes menstrues. Et cela s’est passé exactement de la même manière avant que je n’aie mes deux enfants ! 
Elle rit. 
-- Ah oui, je vois ! 
Je lui souris. 
-- Excusez-moi, madame, de vous demander ça mais nous ne sommes pas habitués ici à recevoir beaucoup de dames, comment dire, d’un certain niveau social pour leur confirmer leur grossesse. Généralement, les femmes comme vous consultent chez un gynécologue privé. Ce n’est pas votre cas ? 
J’attends, perplexe.
-- Vous avez entièrement raison, madame. Mais ma gynécologue vieillit mal malheureusement et elle n’a plus toute sa tête. Elle croit que je suis ménopausée, alors que je suis enceinte !
Elle rit. Je commence à comprendre. C’est monstrueux pour elle. 
-- Je peux vous parler franchement, madame ? 
J’ose.
-- Evidemment. Mais appelez-moi Thérèse, vous serez gentille.
Elle sourit.
-- Quel âge avez-vous, Thérèse ?  
J’ose.
-- Quarante-deux ans. Avouez que c’est ridicule ce que m’a diagnostiqué le docteur Nivelle. C’est beaucoup trop tôt pour être ménopausée ! 

Elle rit. Je pleure intérieurement. Elle aussi. Elle le sait bien au fond d’elle-même. Elle a remarqué ces nouvelles bouffées de chaleur qui l’assaillent sans crier gare, ces nouvelles rougeurs qu’elle a dans le cou et, parfois, sur le haut de sa poitrine, cette inédite sécheresse entre ses jambes qui lui fait avoir mal quand son mari et elle s’emboîtent. C’est monstrueux pour elle. Elle ne veut pas l’admettre. Ce serait reconnaître le plus ignoble des signes de vieillesse. Ne plus pouvoir faire naître d’enfant. C’est monstrueux pour elle.  
Cette journée, j’ai cru un moment qu’elle ne se terminerait jamais. Je n’ai pas envie de continuer à en parler ce soir. Ce serait comme la faire exister à nouveau. Heureusement que Michel est là maintenant, à mes côtés, avec son pastis. Heureusement aussi que le porto existe. Nous n’avons jamais pu avoir d’enfant, Michel et moi. Je suis stérile. 

si t'arrives pas à t'endormir, effet soporifique garanti! Remember!]]></description>
        <pubDate>Wed, 11 Jun 2008 04:29:03 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">f5a78380fd06640e653781411cc698c8</guid>
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